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13/06/2020 05:51

SOLIDARITÉ : «Les bénévoles des Restos du Coeur sont des soignants de la société» constate Romain Colucci

Fils de Coluche, le fondateur des Restos du Cœur, et de Véronique, marraine des bénévoles, Romain Colucci est venu à Dijon mettre en avant le travail des personnes engagées aux côtés des plus démunis et souligner le partenariat avec Cuisine Mode d'emploi(s) qui offre 400 baguettes de pain par semaine.
Ce jeudi 11 juin 2020, un invité de marque est venu rendre visite aux bénévoles des Restos du Cœur de Dijon, Romain Colucci est administrateur national. Le nom sonne aux oreilles et mobilise des images remontant à la fondation de l'association. Romain est le fils de Véronique Colucci et de Coluche.

Accueilli par Jean-Denis Barroy, responsable départemental des Restos du Cœur pour la Côte-d'Or, Romain Colucci a rencontré les référents de l'association en Bourgogne-Franche-Comté : Sylvie Giraud, Brigitte Bini et Daniel Gautheron. La délégation ainsi constituée a commencé par aller chercher du pain.

«Tout ce pain, c'est formidable !»


Effectivement, la première étape de la journée dijonnaise s'est déroulée chez Cuisine Mode d'emploi(s), l'école fondée par Thierry Marx qui soutient depuis longtemps les Restos du Coeur. La délégation est reçue par Céline Quinquenel, responsable des écoles à Dijon et Besançon, Erwan Talbot, directeur opérationnel, et Mehdy Deriot formateur en boulangerie.

L'école de Dijon fournit gracieusement 400 petites baguettes par semaine qui viennent améliorer la qualité et la fraîcheur des produits alimentaires remis aux bénéficiaires des centres des Restos du Cœur de Dijon et de Chenôve. «C'est un partenariat extrêmement intéressant pour nous, ça nous permet d'avoir le mardi et le jeudi du pain frais de qualité exceptionnelle» a indiqué Jean-Denis Barroy.

«Tout ce pain, c'est formidable ! Il est fait par des gens qui sont en formation, ça me touche beaucoup parce que c'est des gens qui étaient éloignés de l'emploi et qui se remettent sur le chemin de l'emploi grâce à cette école» s'est enthousiasmé Romain Colucci.

Une session supplémentaire chez Cuisine Mode d'Emploi(s)


Si le confinement a interrompu les formations, l'école Cuisine Mode d'emploi(s) a redémarré dès le 13 mai pour terminer la session des cinq stagiaires actuels. «On les a formé aux mesures sanitaires, ils ont eu un protocole strict, cela permet d'aller en entreprise autant en mode Covid qu'en mode conventionnel» a spécifié Céline Quinquenel, responsable des écoles Cuisine Mode d'emploi(s) à Dijon et Besançon.

Cela n'était pas prévu mais l'école a décidé de lancer une session durant l'été pour laquelle il reste encore quelques places de disponible, le recrutement étant en cours (voir le site web). La session se déroulera du 22 juin au 14 août à l'école et du 15 août au 5 septembre en entreprise. Les formations Cuisine Mode d'emploi(s) sont axées sur la pratique afin de favoriser les sorties positives vers une embauche rapide.

«La deuxième vague va être sociale»


La visite s'est poursuivie au centre Dijon nord puis sur le chantier d'insertion du parc Valmy où Romain Colucci a été reçu respectivement par les responsables Yolande Michel et Bruno Fournier. Un chantier d'insertion qui a malheureusement subi un récent cambriolage (lire notre article).

Dans la Côte-d'Or, 600 bénévoles se mobilisent pour aider 10.000 inscrits et nombreux étaient ceux restant disponibles durant le confinement (lire notre article). Jean-Denis Barroy a expliqué que les équipes des Restos du Cœur voient la population des bénéficiaires évoluer avec de plus en plus de femmes seules avec enfants tandis que les personnes ayant perdu leur emploi du fait de la crise économique commencent à arriver.

«La deuxième vague va être sociale» a prévenu l'administrateur national. Cela ne sera pas immédiat du fait des protections sociales en France, mais l'expérience montre qu'à la suite de la crise financière de 2008, le nombre de personnes se tournant vers les Restos du Cœur pour s'alimenter a augmenté durant plusieurs mois.

«Les Français ont un incroyable talent, être généreux»


«Les dons se portent mieux si vous donnez» tel est le message qu'a voulu faire passer Romain Colucci, renvoyant vers le site web des Restos du Cœur, et saluant «les Français [qui] ont un incroyable talent, celui d'être généreux». La continuité des dons sera nécessaire pour répondre aux besoins des nouveaux bénéficiaires.

La dispositif Coluche proposant une déduction fiscale a vu son plafond relevé par les sénateurs durant l'état d'urgence sanitaire. Il est désormais possible de donner jusqu'à 1.000 euros et de déduire 75% de son revenu fiscal. Pour les foyers imposables, donner 1.000 euros revient à une sortie effective de 250 euros, soit environ «20 euros par mois» estime Romain Colucci. Et d'ajouter qu'un euro équivaut à un repas pour un bénéficiaire. Dans la foulée, Romain Colucci demande au gouvernement de pérenniser le nouveau plafond du dispositif Coluche.

«La générosité n'a pas de signe extérieur démonstratif»


Des déplacements comme celui-ci, Romain Colucci en a prévu une vingtaine, partout en France, afin de soutenir les bénévoles et de saluer «leur travail formidable au quotidien».

À chaque âge de la vie, la générosité peut se manifester. Les personnes ayant du temps peuvent le donner, les personnes très actives peuvent faire des dons pécuniaires. «Tout le monde joue son rôle. On a de la chance en France d'avoir des gens sensibilisés à la générosité, on n'est pas aveugle, on n'est pas sourd à la misère des autres dans ce pays. Le bénévolat est une force industrielle en France. Il faut remercier les bénévoles d'une façon ou d'une autre. Aux Restos du Cœur, on le fait au travers du spectacle des Enfoirés.»

Par la formule du «logiciel de reconnaissance sociale», l'administrateur des Restos du Cœur en appelle aux pouvoirs publics pour valoriser les démarches de bénévolat : «ils se volent du temps à eux-mêmes pour venir le donner à l'association pour aider les gens qui en ont besoin». Ils voient là de véritables «citoyens d'utilité public». En effet, «même s'ils ne sont pas des médecins, les bénévoles des Restos du Cœur sont des soignants de la société».

«Contrairement à l'enrichissement, la générosité n'a pas de signe extérieur démonstratif. Quelqu'un qui gagne de l'argent va s'acheter une grosse voiture, ça peut générer de l'envie, ça peut créer un effet de suite. La générosité, quand tu distribue un repas à quelqu'un qui en a besoin, il le prend, il rentre chez lui. Il ne crie pas qu'il a été au Restos du Cœur, il ne fait pas de publicité à la générosité alors que ça a vachement bien fonctionné. Il faut trouver des moyens détournés» a rappelé celui qui porte avec humour et responsabilité les couleurs des Restos du Cœur.

Jean-Christophe Tardivon