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28/08/2023 17:56

URBANISME : La déconstruction de la cité Boutaric tourne une page de l'histoire des Grésilles

D'ici décembre, l'immeuble de 140 logements sera progressivement «grignoté». «C'était véritablement une mosaïque où cohabitaient en toute intelligence différentes familles venues d'horizons divers», ont rappelé les élus dijonnais Hamid El Hassouni et Nuray Akpinar-Istiquam, ce lundi 28 août.
Soleil blafard, nuages de poussière, chutes de blocs de béton et même dragon métallique... ambiance apocalyptique aux Grésilles, ce lundi 28 août 2023, alors que se déroule le «grignotage» de la cité Boutaric, dernier grand immeuble du quartier, construit en 1958 et réhabilité en 1998.

Dans le cadre de la rénovation urbaine de ce quartier dijonnais relevant de la politique de la ville, le bailleur social Grand Dijon Habitat a mobilisé 2,2 millions d'euros pour procéder à la déconstruction du bâtiment de neuf étages que l'entreprise Cardem compte effectuer d'ici décembre prochain.

La fin d'un monde urbanistique


Après les démolitions des barres Épirey, en 1992, puis Billardon, en 2003, la déconstruction de Boutaric établit un nouveau jalon dans la fin d'un monde urbanistique, celui des grands ensembles qui ont pourtant permis à de nombreux habitants d'accéder au confort moderne.

«C'est un musée grandeur nature qui marque l'histoire de l'urbanisme des années 60 et qui va disparaître du paysage dijonnais», analyse Hamid El Hassouni (PS), adjoint au maire de Dijon et président de Grand Dijon Habitat, au pied de l'immeuble, ce lundi. «Nous tournons une page de l'histoire des Grésilles.»

Dans les années 1960, un tel bâtiment représentait le «haut de gamme» en étant équipé d'eau courante et de chauffage. «Il y avait quelques bidonvilles à Dijon et, quand on franchissait le cap du logement social, on accédait à quelque chose d'extraordinairement confortable», relève le président du bailleur social.

«L'objectif principal est d'améliorer le cadre de vie des habitants»


Depuis 1958, l'immeuble a accueilli près de 4.000 habitants. Hamid El Hassouni insiste sur «le brassage de populations sur plan intergénérationnel mais aussi sur le plan culturel». «C'était véritablement une mosaïque où cohabitaient en toute intelligence différentes familles venues d'horizons divers» même si «vers la fin, cela avait tendance à se dégrader et les locataires aspiraient à vivre en paix».

«L'objectif principal est d'améliorer les conditions de vie et le cadre de vie des habitants», poursuit-il en signalant que la déconstruction n'était pas le premier choix du bailleur social qui a d'abord tenté de prolonger l'existence de la cité Boutaric, ce qui correspondait à la demande d'une partie des habitants.

«Les études n'ont pas été concluantes notamment sur l'étiquette [énergétique] et sur le fait que les conditions de vie n'allaient pas s'améliorer», signale le président de Grand Dijon Habitat à propos de la réhabilitation un temps envisagée avant la crise sanitaire. «Sur le plan des dépenses et de l'investissement, il s'est avéré que c'était une opération onéreuse qui n'apportait aucune valeur ajoutée aux locataire».

En amont de l'opération de relogement, un travail a été conduit par Zutique Productions sur la mémoire des habitants et a fait l'objet d'une exposition. De plus, une amphore contenant des gravures et des témoignages sera enterrée sur le site à un endroit connu des seuls archivistes municipaux (voir ci-dessous).

63% des foyers de Boutaric ont été relogés aux Grésilles


«La question du relogement s'est passée dans d'excellentes conditions», assure Hamid El Hassouni. En avril 2021, 110 des 146 logements étaient encore occupés, du T2 au T5.

Deux employés de Grand Dijon Habitat sont allés successivement à la rencontre des ménages pour envisager les relogements qui ont débuté en mai 2022. Les T2 et les T4 ont été les types d'appartements les plus demandés.

Les relogés sont à 34% des personnes actives, à 24% des personnes inactives et à 41% des personnes retraitées. 63% des foyers ont souhaité continuer d'habiter aux Grésilles.

«On sent un fort attachement au quartier», commente Nuray Akpinar-Istiquam (PS), adjointe au maire de Dijon déléguée au logement et à la politique de la ville, «on a un quartier qui est bien desservi avec beaucoup d'équipements».

«La volonté de François Rebsamen, maire de Dijon et président de Dijon Métropole, est vraiment de reconstruire la ville sur elle-même et de ne pas s'étaler pour préserver les terres agricoles», relaie l'élue municipale. «Sur la métropole, on a à peu près 10.000 demandes de logement en attente. On s'efforce de continuer à construire de manière durable.»

Toutefois, Grand Dijon Habitat ne prévoit pas de nouvelle déconstruction d'ampleur, y compris dans le quartier de la Fontaine d'Ouche, avant 2028.

Le grignotage de l'immeuble


En début de chantier de déconstruction, durant la phase de curage pour ôter les cloisons de brique et de plâtre, une trentaine d'employés ont été mobilisés avec 10% des heures travaillés dédiées à des personnes en insertion professionnelle via Creativ'. Au stade du grignotage, depuis le 21 août dernier, cinq employés interviennent dont deux conducteurs d'engins.

La cité Boutaric a été signée par les architectes Beck, Balme et Ducruet et réalisée selon le procédé de préfabrication acier-béton Estiot – une ancienne entreprise dijonnaise – selon un modèle en vogue dans les années 1950, en France et en Afrique du nord.

En commençant par le haut, une grignoteuse suit l'inverse de la démarche de construction pour pincer, trancher, arracher progressivement les matériaux qui tombent au sol où ils sont répartis avec l'aide d'un autre engin en différentes catégories.

Au bout de la pince, quatre jets d'eau sous pression servent à limiter la quantité de poussières répandues dans l'environnement. L'ensemble présente de façon impressionnante un air de dragon crachant des scories.

Des matériaux réemployés ou réutilisés


Avant la déconstruction, grâce à une subvention de près de 15.000 euros de l'ADEME Bourgogne-Franche-Comté, Grand Dijon Habitat a fait appel à Bobi réemploi pour définir des matériaux pouvant échapper à la déchetterie. Ainsi, du 10 au 18 mars derniers, ont été vendus à des professionnels et à des particuliers des radiateurs en fonte, des cumulus de 150 litres, des escaliers en métal, des portes palières, des éviers inox ou encore des lavabos en céramique représentant 14 tonnes.

In fine, le volume de gravats représentera 12.000 tonnes. À part 100 tonnes de matériaux qui seront directement réemployés, la quasi totalité de ces déchets inertes seront concassés à Arcelot pour servir de sous-couche lors de réalisation de routes. Les aciers seront refondus.

Vers «un rééquilibrage en termes de statut social» aux Grésilles


«Ce ne sera pas un terrain en jachère», anticipe Hamid El Hassouni qui promet «une revalorisation du site». À ce stade, Grand Dijon Habitat envisagerait la réalisation de résidences en accession sociale à la propriété. «Cela reste le principal rêve d'une majorité de Français. (…) L'idée est d'opérer un rééquilibrage en termes de statut social [sur le quartier], (…) dans l'optique d'un rééquilibrage du peuplement fixé notamment par l'[Agence nationale de la rénovation urbaine] et par la Ville de Dijon.»

Dans un contexte de difficultés pour le secteur de la construction au niveau national, le président de Grand Dijon Habitat ne propose pas de calendrier prévisionnel pour ces futures constructions, attendant «des opportunités financières».

Les prochains logements feront ainsi face, à l'est, à la résidence Joliot-Curie, rénovée en 2018, et, au nord-est, à l'écoquartier Épirey – comprenant déjà des logements en accession sociale à la propriété – réalisé en 2013.

L'avenir du centre commercial Épirey en question


D'ici là, selon Hamid El Hassouni, «ce qu'il faut, c'est apporter de l'animation sociale, c'est éviter que cela fasse l'objet d'un squat ou que ce soit détourné à des fins peu respectables».

Ainsi, la Ville de Dijon et Grand Dijon Habitat envisage de confier aux structures de l'éducation populaire, donc la MJC-Centre social des Grésilles, l'animation du site.

L'avenir du petit centre commercial Épirey – positionné quelques dizaines de mètres plus bas, au pied de la colline – fait l'objet d'une réflexion pour envisager soit une rénovation, soit une déconstruction. Prochainement, Grand Dijon Habitat lancera une étude pour trancher entre ces deux possibilités.

Jean-Christophe Tardivon

Focus sur le travail de collecte de la mémoire avec les habitants (communiqué)

Un projet culturel et artistique a été porté par ZUTIQUE PRODUCTION pour sauvegarder la mémoire et accompagner les habitants dans ce changement. Depuis 2006, l’association construit avec de nombreux partenaires, un projet de développement culturel dans le quartier.

La structure a notamment créé, avec Grand Dijon Habitat, La Coursive Boutaric, faisant elle-même partie de la mémoire du quartier et dont les locaux ont été installés dans l’immeuble pendant une dizaine d’années et où étaient mises en œuvre des expérimentations de projets de développement économique et programmations d’événements culturels pour faire vivre le quartier. Il était donc légitime que ce projet leur soit confié.

La sauvegarde mémorielle a été programmée en deux temps.

Le premier a eu pour objectif de créer du lien, de favoriser les rencontres, de valoriser la parole et le vécu des habitants en recueillant des témoignages, composant un contenu pour le futur permettant la pérennisation du souvenir de Boutaric. Dans un second temps, les archives recueillies et les œuvres créées seront présentées lors d’expositions.

o Le projet s’articule autour de plusieurs actions :

1) Projet de réalisation d’un court-metage documentaire avec Fabio Falzone et Diane Blondeau :
- Début du projet : Janvier 2022, projet en cours de montage. Le film serait diffusé d’ici la fin de l’année 2023.
- Nombre de personnes atteintes : 200 personnes (anciens habitants et toutes personnes ayant eu un lien avec l’immeuble => ouvriers, désamianteur, voisins...)

Suite à l'annonce de la destruction de Boutaric en décembre 2020, Zutique a sollicité quatre artistes dijonnais locaux à travailler autour de la mémoire du lieu et de ses habitants et habitantes dans le cadre d'un projet financé par Grand Dijon Habitat, la Commission de Quartier des Grésilles, la Région Bourgogne Franche-Comté et la Ville de Dijon.

Fabio Falzone, réalisateur, et Diane Blondeau, artiste sonore, se sont associés afin de réaliser un court-métrage qui s'affranchit des codes du documentaire social. Le dispositif qu'ils ont imaginé a pour objectif de raconter Boutaric et son époque architecturale de manière ludique. A travers des ateliers audiovisuels organisés comme des chasses aux trésors, les deux artistes ont invité des jeunes familiers, ou non, du quartier, à explorer la barre en quête des souvenirs du lieu.

Les jeunes deviennent alors, tour à tour, cheffe.s-opérateurs/opératrices, preneurs/preneuses de son, personnages, réalisateurs/réalisatrices du film la « Cité Bleue ».

2) Projet de mémoire de l’immeuble Boutaric avec Cerize Fournier et Nicolad Baguet :
- Début du projet : Janvier 2022
- Fin du projet : Juin 2022 lors du festival Grésilles en Fêtes
- Nombre de personnes atteintes : 150 personnes habitant essentiellement dans l’immeuble et étant dans une phase de relogement.

Suite à l'annonce de la démolition de Boutaric en 2020, Zutique Productions s’est réinstallé au rez-de-chaussée de l’immeuble aux Grésilles. L'association a initié un projet artistique lié à la mémoire de l'immeuble en s’associant à quatre artistes dijonnais locaux, dont Cerize Fournier et Nicolas Baguet artistes et membres de l’atelier d’édition Le Bain d’huile,anciennement Typon Patate.

Cerize Fournier, artiste plasticienne, a réalisé deux vases en céramique illustrés d'éléments propres aux espaces communs de Boutaric. Intitulé "Points Communs", ce projet est la conclusion de plusieurs mois de collecte de témoignages d’habitantes et habitantes de la barre, et d'objets liés à Boutaric. L’objectif de l’artiste et de créer des « déclencheurs narratifs » et de perpétuer et documenter la mémoire et les spécificités de l’immeuble Boutaric. L’un des vases a pour but d’être enterré dans un lieu tenu secret, aux Grésilles, pour constituer une sorte de capsule temporelle culturelle et artistique.

Nicolas Baguet, artiste sérigraphe a quant à lui présenté le projet "Vue d'Ensemble" composé de trois bannières textiles de 20m. Celles-ci ont été suspendues aux faces nord et sud du bâtiment soulignant le gigantisme de son architecture. Sérigraphiées avec des symboles issus de témoignages d'habitants, les bannières reprennent des valeurs et des thèmes propres à l’environnement de Boutaric. Elles présentent un langage visuel coloré invitant les passants à l'interprétation.

3) Les Financeurs du projet culturel et artistique :
Grand Dijon Habitat, Région BFC, la Ville de Dijon, Atelier de quartiers des Grésilles, les partenaires financiers du Contrat de Ville (Ville, Etat, Région).