
Lors de la Rencontre des maires de Côte-d'Or, ce mercredi 2 juillet, à Dijon, le président du conseil départemental a présenté un bouquet de services numériques allant de la messagerie sécurisée jusqu'à la modélisation de jumeaux numériques bâtimentaires. «Cet outil va vous permettre de décupler ce que vous et vos équipes êtes capables de faire», a anticipé l'entrepreneur David Gurlé.

Les petites communes de la Côte-d'Or vont pouvoir participer à la troisième phase de la révolution numérique. Ce mercredi 2 juillet 2025, à Dijon, François Sauvadet (UDI), président du conseil départemental de la Côte-d'Or, a présenté le bouquet de services numériques déployé par la collectivité, reposant sur un «cloud souverain».
Après un incident technique (
lire notre article), près de 500 personnes se sont retrouvées dans les salons climatisés du stade Gaston Gérard pour suivre la conférence de la Rencontre des maires de Côte-d'Or 2025 sur le thème «L'Intelligence artificielle au service des communes».
En plus des élus départementaux et municipaux, ont également participé le préfet de la Côte-Or Paul Mourier, les trois sénateurs – Alain Houpert (LR), Anne-Catherine Loisier (divers centre) et François Patriat (REN) – ainsi que la députée Catherine Hervieu (LE) qui est aussi conseillère départementale d'opposition.
L'objectif de retrouver la souveraineté numérique
Le maître-mot de l'offre de services numériques proposée par le Département est «souveraineté». L'exécutif départemental a choisi de s'affranchir de la main-mise des géants du numérique – européens ou américains – avec l'objectif d'être en mesure de se protéger des cybermenaces et d'éviter les fuites de données sensibles.
Pour cela, une infrastructure est en cours de déploiement, allant du centre de stockage de données, implanté à Beaune, jusqu'aux adresses mail attribués aux utilisateurs, en passant par le réseau de fibre optique et un système d'informatique en nuage, le «Cloud Côte-d'Or».
Ce bouquet de services numériques vient en concurrence de ce que proposent des opérateurs privés, comme Orange, ou des structures publiques comme l'Agence régionale du numérique et de l'intelligence artificielle (ARNIA) ou encore On Dijon.
La contrepartie de la gratuité proposée par les géants du numérique
Pour sensibiliser les élus, les intervenants sont partis de la boîte mail d'une mairie en montrant que les données stockées peuvent être siphonnées et faire le tour de la planète.
Sur le mode «quand c'est gratuit, c'est toi le produit», les maires ont pu saisir que la gratuité de services proposés par des opérateurs avait une contrepartie : laisser libre l'accès aux données. Cela même en dehors des situations de piratage ou hameçonnage externes.
La «solidarité départementale» appliquée au secteur numérique
Le bouquet de services du Département comprend un boîtier physique à installer au niveau de la box d'accès à Internet pour lutter contre les cyberattaques, des adresses mail sécurisées – au format @nomdelacommune.cotedor.fr – et un stockage via l'outil «Cloud Côte-d'Or».
Selon les intervenants, le passage d'une boîte mail à ce bouquet permet de retrouver l'intégralité des données utilisées précédemment.
«Il n'y a eu aucune perturbation, on a retrouvé tous nos mails, rien ne manque, zéro paperasse et ça marche», témoigne ainsi Martine Eap-Dupin (LCP), vice-présidente du Département et maire de Précy-sous-Thil, qui a expérimenté la migration de la messagerie électronique communale vers Cloud Côte-d'Or.
Le boîtier est facturé «à prix coûtant» par le Département, à hauteur de 500 euros. Il est conçu par une startup lyonnaise qui le fournit avec un mois de délai.
Par «solidarité départementale», la fourniture de boîtes mail est offerte gracieusement aux communes par la collectivité qui prend à sa charge l'investissement dans le data center et le système de cloud.
L'intérêt des maires pour Cloud Côte-d'Or
Tout au long de l'événement, des agents du Département sont allés à la rencontre des maires prêts à signer une convention avec la collectivité pour bénéficier de ce package.
Selon nos informations, déjà près de 200 maires se sont dits intéressés pour transférer leurs données sur Cloud Côte-d'Or et acquérir le boîtier de sécurité informatique dans les prochaines semaines.
Bientôt, «Côte-d'Or Maps»
Pour faire fonctionner des outils d'intelligence artificielle au service des communes, le première étape est de définir un fond de carte. En lien avec l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), un avion survole le département pour, avec la technologie LIDAR, effectuer des relevés numériques.
En 2026, la collectivité envisage de proposer un outil «Côte-d'Or Maps» en 3D avec un niveau de précision inférieur au centimètre. Par la suite, cette modélisation géographique sera actualisée par des drones.
Le potentiel pilotage par l'intelligence artificielle
Parallèlement, les communes intéressées vont déployer des capteurs, caméras et autres serrures connectés constituant autant d'éléments fournissant des données diverses et variées. Ces données seront stockées dans un data lake, ou lac de données. D'autres outils seront développés pour récupérer les données quand un algorithme aura besoin de les analyser.
Avec les futurs outils d'intelligence artificielle du Département, une commune portant un projet de nouvel équipement pourra définir l'orientation du bâtiment par rapport à la course du soleil, envisager l'influence sur son environnement, simuler les consommations énergétiques – ou la production d'énergie renouvelable – et envisager des modifications ultérieures à partir du jumeau numérique du dit bâtiment.
Avec ces outils, le Département sera un prestataire des communes. Ainsi, la modélisation d'un jumeau numérique d'un bâtiment est estimée à environ 10.000 euros.
Blaisy-Bas, «commune connectée» de 600 habitants
Vice-président du Département et maire de Blaisy-Bas, Alain Lamy (LR) témoigne du projet de «commune connectée» fondé sur les bâtiments municipaux en mobilisant moins de 15.000 euros. Il s'agissait «d' optimiser la gestion des fluides, la gestion des accès et augmenter la sécurité» afin de «déployer du service citoyen».
«L'information est sécurisée, toute la donnée revient en un point unique», poursuit le premier édile, «demain, cette donnée sera aussi hébergée dans le data center du Département». «On peut extraire de la donnée et faire de l'analyse par intelligence artificielle.»
Le maire et son équipe a accès à «un automate multiprotocole» avec lequel «il est possible de centraliser l'information sur une tablette». «Les secrétaires sont capables de le piloter sans compétence technique. On en a profité pour déployer de la vidéoprotection sur fibre optique pour sécuriser l'ensemble des bâtiments municipaux.»
«Premier sujet : la sécurisation de nos données»
En prenant la parole pour lancer effectivement la conférence, François Sauvadet rappelle d'abord les défis auxquels sont confrontées les collectivités : changement climatique et son corollaire de la ressource en eau, redressement des comptes publics de la nation et transition numérique.
«Premier sujet : la sécurisation de nos données», souligne le centriste en s'adressant aux maires, «le Département a décidé de s'engager à vos côtés avec la ferme volonté d'être le gardien du patrimoine numérique de la Côte-d'Or et de ses communes».
«On a face à nous des personnes malveillantes, des hackers, qui ont des intentions extrêmement claires : soit de déstabiliser le pays et déstabiliser ses acteurs économiques, soit de rançonner les hôpitaux et les collectivités», développe le responsable de l'exécutif départemental. «Une cyberattaque peut aller très loin. Non seulement, vous n'avez plus accès à vos données – si on n'a pas pris le soin de les stocker et de les sécuriser – et, en prime, c'est écran noir !»
Et de rappeler que le Département de la Côte-d'Or a été victime d'une cyberattaque, le 6 mars dernier, a priori venant de Russie, avec «300.000 impacts à la minute sur nos réseaux» pour saturer le système informatique qui a, malgré tout, résisté.
«Une offre souveraine de sécurisation des données 100% Côte-d'Or»
«On va être en mesure de vous proposer une offre souveraine d'hébergement et de sécurisation des données qui sera 100% Côte-d'Or», annonce alors François Sauvadet. «On a investi nous-même dans un data center, où on héberge toutes nos données et on va pouvoir aussi héberger toutes vos données. C'est un data center souverain, nous en avons la maîtrise. (…) C'est une sorte de coffre-fort avec vos données hébergées en Côte-d'Or.»
«En Côte-d'Or, actuellement, nous avons 58% des communes qui fonctionnent avec une adresse Gmail, c'est Google, avec tous vos documents qui sont sur des serveurs qu'on ne maîtrise pas et qui sont hébergés principalement aux États-Unis», précise-t-il. «Avec un simple mail que vous écrivez, vos données partent dans le monde entier.»
Accéder au «potentiel inouï de l'intelligence artificielle»
«À partir de la donnée, vous allez pouvoir accès au potentiel inouï de l'intelligence artificielle», enchaîne François Sauvadet. «L'enjeu est que l'on maîtrise nous-même les cas d'usage, c'est à dire les modèles mathématiques. (…) Dans ce monde interconnecté, il faut que nous soyons indépendants.»
«C'est un outil fantastique», s'enthousiasme le président du Département, «on est face à une vraie révolution technologique, aussi importante que l'imprimerie et la mécanisation». «Ce sont des éléments qui vont nous permettre d'aider à la décision et de mieux utiliser l'argent public qui, durablement, va devenir rare.»
«On sera le premier Département français à s'être engagé à proposer une telle offre de services», conclut le centriste, «ce 2 juillet va rester une date historique : nous posons les bases d'un futur numérique, intelligent, sécurisé et souverain pour la Côte-d'Or». «J'ai confiance dans le couple Département-communes. (…) Partout, on est charge de rechercher tout ce qu'on peut faire d'innovant pour apporter des services à nos compatriotes. (...) On sera responsable du monde qu'on laisse à nos enfants.»
Le «raz-de-marée» de l'intelligence augmentée
Présenté par François Sauvadet comme «une référence mondiale de l'intelligence artificielle et de la donnée», David Gurlé a travaillé aux côtés de Bill Gates au sein de Microsoft.
L'entrepreneur français a fondé Hive, une plateforme décentralisée de stockage de données et de traitement informatique, qui sera un des prestataires du Département, notamment pour développer Cloud Côte-d'Or.
David Gurlé compare «le monde de l’informatique dirigé par l'IA» comme «un raz-de-marée instoppable» qui a connu un tournant avec l'ouverture au grand public de Chat GPT. «Je voudrais vous donner les moyens de vous protéger mais aussi vous donner envie de surfer parce qu'il y a quand même des enjeux de gain de productivité énormes si on maîtrise ce raz-de-marée.»
«Cet outil va vous permettre de décupler ce que vous et vos équipes êtes capables de faire», anticipe l'ingénieur. «Vous allez pouvoir augmenter encore plus la portée de ce que vous savez.»
«Vous êtes en avance»
«La souveraineté, ça veut dire que vous êtes propriétaires de l'infrastructure», explique l'orateur en évoquant le data center et le logiciel avant d'alerter sur «le plus gros danger» qui est la fuite insoupçonnée de données et sur la consommation de l'énergie.
«Une question à Chat GPT consomme une batterie de smartphone», souligne-t-il, «il n'y aura pas assez d'énergie pour pouvoir répondre aux besoins des individus, ça va chambouler toute l'économie énergétique». Idem pour la ressource en eau avec le refroidissement par eau des puces numériques.
Pour l'ingénieur, il y a des solutions à ces dangers, la première étant «la prise de conscience» : «vous êtes en avance», confirme-t-il en s'adressant à François Sauvadet.
Et de conclure : «nous avons un pied dans le monde analogique et un pied dans le monde numérique, nos enfants sont complètement dans le monde numérique et leurs enfants seront complètement dans un monde dirigé par l'IA».
Jean-Christophe Tardivon





























