Symbole de l'antisémitisme de la fin du XIXème siècle, le capitaine Alfred Dreyfus était innocenté, le 12 juillet 1906. Les militants dijonnais de la LICRA saluent le choix d'Emmanuel Macron de faire du 12 juillet une journée de commémoration nationale.
Communiqué de l'antenne dijonnaise de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme du 9 juillet 2026 :Le 12 juillet 1906 la Cour de Cassation innocentait Dreyfus. Le 12 juillet 1935 Alfred Dreyfus mourait à Paris. Le 12 juillet 2025, pour l’anniversaire des 90 ans de sa mort, le Président Macron promulgue un arrêté fixant pour les 12 juillet à venir la date de commémoration de l’extraordinaire figure du capitaine Dreyfus.
Le 12 juillet, « Dreyfus, jour de gloire » : j’ai emprunté ce titre au professeur Vincent Duclert - le président de la commission Duclert, cette commission d’historiens qui s’était attachée à faire la clarté sur les archives françaises sur le Rwanda, et qui est à l’origine du Rapport Duclert premier grand travail, de 1100 pages, de mémoire et d’histoire sur le dernier génocide du XXème siècle. Et qui vient ces jours-ci de publier sous ce titre un livre sur le 12 juillet : en l’occurrence, donc, un historien pour deux combats différents, parce que peut-être, justement, il ne sont pas différents : et c’est bien là, je crois, la leçon du Professeur Duclert, il ne s’agit que d’un seul et même combat, un combat pour la justice, contre le racisme, contre l’antisémitisme, pour la Vie.
Car le professeur Duclert n’est pas seulement l’un des meilleurs spécialistes actuels de l’Affaire Dreyfus, il est aussi celui qui s’est attaché tout particulièrement à la personne si méconnue, si injustement méconnue du Capitaine Dreyfus, qu’on a souvent représenté comme une victime, et qui fut pourtant un incroyable, un authentique héros de notre temps : le Capitaine Dreyfus, subissant ce qu’un officier français habité comme il l’était par un degré de ferveur pour la France peut connaître de pire, dégradé, désigné à la honte publique, condamné ignominieusement à l’effroyable souffrance morale et physique de la déportation à l’île du Diable ; et cependant, résistant à la tentation du suicide et à mille souffrances, soutenu par l’amour de Lucie, son épouse, admirable de courage et de confiance. Le Capitaine Dreyfus affirmant sans discontinuer sa foi en la justice, en la République, en la `Vie.
Alors donc, le 12 juillet, ce 12 juillet 2026 : ce sera la première, écrit le Professeur Duclert, d’un « Panthéon permanent » : « chaque 12 juillet fera entendre des voix pour Dreyfus, pour la victoire de la justice et de la vérité, contre la haine et l’antisémitisme. »
Ces lignes, si on les confronte à l’actualité, éclairent ce qui est en jeu : la haine et l’antisémitisme, n’est-ce pas là le décor constitutif à nouveau de notre présent, après le 24 février 2022 où la Russie déclencha cette affreuse et extravagante « opération spéciale » (où d’ailleurs beaucoup de signes donnent à penser que l’antisémitisme n’est pas absent) ; Haine et antisémitisme, encore, le 7 octobre, avec tout ce que cette date a déclenché à sa suite, de quelque manière qu’on qualifie ce qui arrive, la souffrance, le malheur, et au-delà, un peu partout, cette haine aux mille noms, devenue un paramètre de la vie quotidienne.
L’incertitude est à bien des égards notre présent. La réalité d’une date autour de laquelle l’Affaire Dreyfus, cette Passion qui à l’aube de notre modernité a emporté la France, mais autour et au-delà de laquelle la République a su se retrouver, est un symbole fort. Et peut-être - peut-être - c’est l’espoir qui a présidé à son choix - cette date sera-t-elle également un repère, une possibilité de garder cette confiance en la Vie qui fut tout au long de son malheur et tout au long de son existence, illustrée par Dreyfus.
Bruno Nguyen.
Vice-président de la section dijonnaise de la Licra