> Sport > AUTRES
10/05/2026 13:12
2803 lectures

DIJON : Michael Habib réalise une première mondiale : 600 km à pied entre Marseille et Dijon

Parti du Port de Marseille, Michael Habib vient d’effectuer 600 km à pied, en 17 jours, en toute autonomie, au profit de trois enfants Côte-d’Oriens en situation de handicap. Pour Infos-Dijon, Mika revient sur cet exploit, sur sa remise en forme après, et sur son projet de faire la Côte-Ouest à pied, soit 1 200 km. 
A 40 ans, Michael Habid, que tout le monde appelle Mika, a relié Marseille à Saint Apollinaire, près de Dijon, en 17 jours. Celui qui réside en famille, depuis quelques années à Tart-le-Haut, a couru pour récolter des fonds au profits trois enfants. Antoine et Valentin, des jumeaux de Chevigny-Saint-Sauveur et Mila de Saint-Apollinaire, tous en situation de handicap lourd. (Lire ICI l'interview de Mika)

Cet éducateur sportif, marié et papa d'un garçon de 9 ans, qu'Infos Dijon suit depuis ses préparatifs, nous expliquait à mi-parcours (Lire ICI) que «le corps humain n’est pas fait pour parcourir 600 km en 17 jours avec un sac de 12 kilos sur le dos. Même si je me suis extrêmement bien préparé, cette épreuve n’est pas logique pour un corps humain. Je vais donc me découvrir dans des conditions extrêmes et inconnues»

Et il l’a fait !


Défi relevé. Parti le jeudi 9 avril 2026 du Port de Marseille, Michael Habib a fait 600 km à pied en toute autonomie, alternant la course et la marche. Présent sur les réseaux sociaux, chacun pouvait suivre en direct le quotidien de Mika.
Moi-même, je le suivais chaque jour, mais aussi chaque soir lors de ses live. J’ai vécu, derrière mon ordinateur, les moments ou notre Côte-d’Orien devait avancer face au Mistral, sous la pluie et subir de fortes chaleurs. J’ai vu ses moments de désespoirs, ou devant un pont barré, il lui a fallu faire un détour de 4 km, alors que son point de chute était à 800 mètres après le pont.

Que dire quand Mika ne trouvait pas de boulangerie ouverte pour se restaurer. J’ai eu mal aux pieds quand fièrement il nous annonçait avoir plus de 23 ampoules. Je l’ai aussi vu après Villefranche-sur-Saône dans une extrême fatigue, au bord des larmes. Des larmes de fatigue. Si si ça existe. Honnêtement j’ai eu peur pour lui, notamment quand il nous a confié avoir marché en dormant. Mais pour l’avoir rencontré plusieurs fois lors de nos interviews, je n’avais pas de doute sur sa détermination. Restait la grande inconnue : Son corps allait-il encaisser 600 km en 17 jours  ?

Comment vas-tu Mika ?


Michael Habib : «Bien. Je vais bien. Je suis arrivé, maintenant, il y a un plus de dix jours. J’ai repris ma vie professionnelle, mais ce défi que j’ai voulu et réussi à faire pour trois enfants en situation de handicap est dans ma tête. Et il y restera toujours»

L’après est compliqué ?


«Je vais dire que c’est l’après, après, qui est le plus difficile. Les premiers jours, tu en parles à tout le monde. Les gens, les amis te posent des questions. Ils ont leurs réponses, et passent à autre chose. C’est normal. Mais moi je suis toujours et encore avec mon aventure. Et plus le temps passe moins je peux en parler parce qu’il n’y a plus personne pour m’écouter. Tout le monde sait tout. Mais tous ceux qui vivent des sensations extrêmes connaissent ce sentiment de solitude, après. Je le savais. Mais tout va bien»

Tu as quand même beaucoup souffert dans cette aventure


«J’était en totale autonomie en journée. Je me suis débrouillé pour manger et boire. Pour les nuits, tout avait été organisé avant mon départ. Pendant mon parcours il fallait gérer les lieux de restaurations que je pensais ouverts et finalement, pour certains, étaient fermés. Et du coup faire quelques kilomètres de plus pour trouver une boulangerie. J’ai souffert physiquement bien sûr. Ça se voyait dans mes stories. Mes pieds, mes jambes, mon dos ont bien morflé. J'ai eu aussi des grosses brûlures à l'entrejambe. C'est un détail qui peut faire sourire, mais c'est un endroit très sensible pour nous les hommes. J’ai trouvé la solution. J’ai fait un trou dans mon short, pour qu’il y ait plus d'aération, et que les brûlures s'estompent. Tout au long du parcours, j'ai essayé d'être attentif à mon corps, et trouver rapidement une solution dès qu'un soucis survenait»

On t’a vu au bord de l'extrême épuisement


«Oui, il y a certains jours, surtout vers la fin, ou je ne sentais plus mon corps. Mes jambes me faisaient horriblement souffrir. Il fallait que le mental prenne le dessus. Et grâce au travail que j’ai eu avant mon départ avec mon préparateur, j’ai réussi à tenir le coup. J’avais aussi de très nombreux messages d’amis, de proches, de gens que je ne connaissais pas qui m’encourageaient pendant mon parcours. Ça me faisait un bien fou. Mais il fallait avancer»

Une arrivée grandiose à Saint-Apollinaire


«Ca a été dingue. Je venais de passer 17 jours seul, sur les routes et les chemins, et d’un coup je me retrouve au milieu de 400 personnes qui m’applaudissent, me félicitent, crient mon prénom. On me faisait des câlins, des bisous. On me disait plein de mots tellement gentils. Je me disais, mais ce n’est pas possible, tout ça pour moi. J'étais donc un héros. J’avais réussi. Je le savais, mais je ne m’en rendais pas compte. J’étais submergé par l’émotion»

Est-ce qu'on peut dire que ton sac a été ton meilleur ami, ton confident ? 


«Ah oui, carrément. Il a été mon allié, mon repère. C’est lui qui portait toutes mes affaires. Je parlais à mon sac. Je lui demandais de me faire moins mal aux épaules malgré ses 12 kilos. De me porter jusqu’à l’arrivée. Les premiers jours, après mon retour, mon sac me manquait. D’ailleurs j’ai fait une sortie la semaine dernière avec lui, à vide. On avait des choses à se dire. Aujourd'hui, il est pendu dans mon garage. Je passe devant lui avec cette petite nostalgie un peu douloureuse que j'essaie de gérer au mieux»

Après ton arrivée à Saint-Apollinaire, qu’elle est la première chose que tu as faite en rentrant chez toi ?


«Quelque chose de très simple, mais j’en avais besoin. Je suis allé dans ma pelouse et j’ai marché dans l'herbe fraiche, pieds nus. Ça m’a procuré une sensation très douce, très agréable. Et puis le soir j’ai pris un bon repas en famille à la maison»

La remise en forme, ça a été quoi ?


«Boire. Beaucoup boire. J’ai été fortement déshydraté pendant l’aventure, et il fallait boire. Retrouver aussi une bonne alimentation régulière, matin, midi et soir, puisque sur les derniers jours, j’étais tellement fatigué, que j’arrivais même plus à manger. D’ailleurs je n’avais pas faim. Et puis marcher. Il ne fallait surtout pas rester inactif et allongé. Après 600 km, les muscles ne devaient pas, du jour au lendemain, être totalement au repos. Je suis aussi allé voir mes professionnels de santé, mon ostéo, mon kiné, mon préparateur mental. Et puis j’ai vu des gens, des amis. Il ne fallait pas rester seul pour éviter le blues de l’après»

Tu as le projet faire la Côte-Ouest


«C’est important d’avoir des projets des envies. Parmi mes prochains défis il y aura en novembre un marathon au Maroc pendant 5 jours. Et puis pour l’année prochaine, je vais faire la Côte Ouest de la France. L’idée est de partir de la Région Bretagne pour rejoindre Bayonne en longeant l’Océan. Ça va être magnifique. Le parcours devrait faire environ 1 200 km. Il faut que je fasse de tracé. Le départ devrait avoir lieu en mai, juin 2027»

Tu as le projet d’écrire un livre


«Oui, j'ai pris conscience pendant cette aventure qu’il fallait raconter ce que j’ai vécu avant, pendant et après ces 600 km. Mais surtout expliquer pourquoi et comment j’en suis arrivé-là. Tout le monde sait que la disparition de ma maman a été un élément déclencheur. Mais on ne sait pas ce que j’ai vécu et enduré pendant ma jeunesse. Des évènements très difficiles qui ont aussi contribué à vouloir encore et toujours me surpasser. J’espère pouvoir le sortir d’ici à la fin de cette année»

Tu as réalisé une première mondiale, penses-tu que le monde médical puisse s’intéresser à toi ?


«Je pense que dans ces conditions-là, sans assistance, en toute autonomie avec un sac de 12 kg sur le dos pendant 17 jours sur 600 km, cette aventure est une première. C’est vrai que j’ai plein de chose à dire. Expliquer comment le corps réagit à certains moments de faiblesses et comment j’ai réussi à prendre le dessus par le mental. Expliquer ce qui m’a permis d’avancer quand plus rien ne va dans des conditions extrêmes. Ma façon de gérer le fait de dormir en marchant, les moments de blues, de joies. Les cauchemars et les angoisses la nuit. C’est vrai que j’ai vécu des moments uniques, mais de là à intéresser la science. Je ne sais pas. En tout cas, je suis dispo pour en parler»  

La cagnotte pour les enfants est toujours ouverte


«Elle est toujours ouverte pour recevoir des dons. Il y a, en ce moment, des tombolas et des animations organisées dans la région, pour ces trois enfants. Je suis très content de voir que cet élan de solidarité soit repris par différentes associations»

Une vidéo des 600 km


«Une vidéo va très prochainement sortir, surtout sur mon arrivée. Sur mes réseaux sociaux, il y a des stories en ligne sur ce que j’ai vécu pendant 17 jours, du départ au Port de Marseille à mon arrivé à Saint-Appolinaire» 

                                                                                                                                                                                   Norbert Banchet
                                                                                                                                                                                   Photos : Foxaep

ICI le lien de la cagnotte 

Cliquer ICI pour rejoindre la communauté de Mika