
Parti le jeudi 9 avril du Port de Marseille, Michael
Habib vient d’effectuer 352 km à pied en toute autonomie, au profit de trois enfants Côte-d’Oriens en
situation de handicap. Avant son arrivée le 26 avril à Dijon, Mika a fait le point à mi-parcours pour Infos Dijon.
Cet éducateur
sportif de 40 ans, marié et papa d'un garçon de 9 ans, qu'
Infos Dijon suit depuis ses préparatifs
(Lire ICI) n’en est pas à son premier défi «J’ai commencé, en 2022 avec
un Lyon-Dijon de 200 km sur quatre jours en solo et sans assistance» nous
expliquait Mika dans une interview donnée à
Infos Dijon (Lire ICI) «J’ai aussi fait Paris-Chevigny-Saint-Sauveur
soit 400 km en huit jours, et l’été dernier j’ai relié Belfort à Strasbourg sur
178 km.»
Et
cette fois vous allez battre votre record
Michael Habib : «C'est ça exactement.
Ce mardi après l’étape de Lyon j’aurai déjà fait 400 km. Et là, ça va être
quelque chose de différent pour mon corps. Je n’ai pas l'expérience des
au-dessus de 400 km. Il va falloir aller de l’avant. Gérer le mental, et bien
sûr le physique. Vous savez, le corps humain n’est pas fait pour parcourir 600
km en 17 jours avec un sac de 11 kilos sur le dos. Même si je me suis extrêmement
bien préparé, cette épreuve n’est pas logique pour un corps humain. Je vais donc me découvrir
dans des conditions extrêmes et inconnues»
«Je me suis fait opérer d'une tumeur»
«Ce Marseille-Dijon était à l’origine
prévue pour l’automne dernier. Mais j’ai eu un grave problème de santé. Je me
suis fait opérer d'une tumeur à l'intestin. Il a fallu reporter ce défi sans
savoir si j’allais pouvoir le faire. Je suis resté couché plusieurs semaines
après mon intervention chirurgicale. J’ai beaucoup perdu en muscles. Dès que
cela a été possible je me suis remis à l’entrainement et je suis donc parti.
Mais je reste sous surveillance pendant ce périple. Malgré tout, depuis deux
jours, je sens une petite gêne au niveau de mes cicatrices. Mais ça va»
Vingt-trois ampoules
«Moins grave, mais très gênantes, depuis
mon départ de Marseille, j’ai eu vingt-trois ampoules aux pieds. Je les gère
immédiatement pour limiter les douleurs, mais elles sont bien présentes. Mes
pieds souffrent aussi, même s’ils ont été bien préparés. Je les bichonne tous
les soirs. Mais ils trinquent, bien évidemment»
80 heures d’efforts, 352 km, c’est quoi une
journée type ?
«Je dors chez l’habitant dans chaque ville
étape. Ce sont des personnes qui se sont spontanément proposées. Je me lève
tous les matins à 6 heures. Je mets à peu près 30 minutes à me préparer. J’enfile
mes jambières de compressions, je prépare mes pieds, je les protège à certains
endroits. Je remballe mon sac de 11 kg en rangeant tout à l’intérieur dans un
ordre bien précis et je pars vers 7 heures 30»
«Pouvoir débrancher le cerveau»
«Ensuite je me lance, sans assistance, sur les routes et les
chemins en direction de la prochaine ville étape. Je commence à marcher
tranquillement pour alterner la course et la marche le matin, afin d' avancer le
plus rapidement possible. Vers midi, je m’octroie trente minutes de pause pour
manger. Je fais une séance de sophrologie que mon préparateur mental m'a préparé
pour pouvoir débrancher le cerveau et penser à autre chose que l'aventure. C’est
primordial. Vous savez la nuit je me réveille en croyant que je suis en retard,
que j’ai perdu mon sac. Je vis et je m’endors avec l’aventure H 24»
L’arrivée chez l’habitant
«Généralement j’arrive vers 16 heures. Je
suis accueilli mais ma journée n’est pas terminée. Je déballe mon sac, et je
prépare celui du lendemain. Je fais un montage vidéo de la journée que je poste
sur mes réseaux sociaux pour partager mon aventure à mes followers. Et en
soirée j’assure aussi un live pour répondre aux questions»
Les aléas du parcours
«Pour cette aventure je rencontre de
nombreuses routes ou ponts barrés. Impossible d’y avoir accès. Je suis souvent
obligé de faire un détour de 3 ou 4 km. Et ça, c’est compliqué à gérer.
Quand vous avez fait une partie de la journée avec le mistral de face, ou sous la
pluie et que vous devez en plus faire un détour, moralement, et mentalement,
c'est très difficile»
Vous avez un coup de gueule
«Dans toutes mes aventures, je les ai rencontrés. Je veux parler des chiens en liberté. Je n’ai pas peur des chiens,
mais quand vous en croissez un qui vous court après, ou vous saute dessus, vous
n’êtes pas rassuré. D’autant que si je me fais morde, l’aventure s’arrêt nette.
Et tous les propriétaires ne sont pas forcément bien éduqués. J’ai exprimé mon
coup de gueule sur mes réseaux sociaux et j’ai eu une avalanche de messages
allant dans mon sens. Donc ça, c'est vraiment un sujet à soulever à l'avenir»
Un dimanche de pause à Vienne
«Je suis à mi-parcours. Ce dimanche était
très attendu par mes jambes et tout mon corps d’ailleurs, cerveau compris. Mais
ce jour off peut aussi être un jour piège. Il ne faut pas rester couché toute
la journée. Il faut garder ses muscles en mouvement. Léger, mais en mouvement.
Je me suis donc baladé une bonne partie de la journée à Vienne. Mais tranquille.
Je me suis aussi bien occupé de mes pieds»
La traversée de Lyon
«Ce lundi est une grosse étape. Je vais
commencer à traverser Lyon. Là, il ne faut pas se tromper d’itinéraire afin d’éviter
des détours fatiguants. C’est une étape de grosse concentration. Le soir je dormirai
en centre-ville et je repartirai mardi matin en direction de
Villefranche-sur-Saône. Ensuite ça sentira bon la maison, puisque je serai en
Bourgogne avec le passage à Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune, Dijon et Saint
Apollinaire pour l'arrivée officielle. Mais il me reste encore beaucoup de route»
Vous courrez pour des enfants en situation
de handicap
«Depuis le début de mes aventures, je cours pour Milla, 8 ans, de
Saint-Apollinaire atteinte de leucodystrophie. C’est une maladie qui l’empêche
de tenir sa tête droite, de parler et de marcher. Pour ce défi, la première
partie de la cagnotte sera reversée au profit de Milla»
Courir pour Antoine et Valentin
«La seconde partie des dons, pour ce Marseille-Dijon, sera pour Antoine et
Valentin, des jumeaux de 2 ans, de Chevigny-Saint-Sauveur. Ils sont atteints
d’une paralysie cérébrale. Ils sont nés trop prématurés. Ils ne marchent pas.
Mais grâce aux dons que j’espère encore nombreux, nous souhaitons financer un
séjour en Espagne, dans une clinique spécialisée afin de les faire progresser
et pour qu’un jour, ils puissent marcher et vivre comme tous les enfants du
monde»
Suivre au quotidien Mika sur la route
«A tout moment de la journée je poste des
story sur mes réseaux sociaux. Chacun peut suivre mon avancée. Le soir je fais
un récapitulatif avec un petit montage vidéo que je crée-moi-même. Je fais
aussi un live à 21h sur Instagram. J'essai aussi de répondre à tous les messages de soutien que je reçois. Et certains jours je reconnais en avoir grandement besoin»
Norbert Banchet

