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19/03/2026 11:57

ARCHÉOLOGIE : Le mystère des sépultures gauloises atypiques à Dijon

L'institut d'archéologie préventive a présenté, ce mardi 17 mars, à Dijon, ses travaux de recherche sur les traces qu’ont laissé les Gaulois en Bourgogne notamment le chantier de fouilles de l'école Joséphine Baker où des défunts ont été retrouvés enterrés assis.
La Bourgogne est une région de prédilection pour l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) avec des sites comme Alésia, Bibracte ou encore la tombe de Vix. En particulier, l’agglomération dijonnaise est un territoire riche en la matière avec des tombes de femmes à Longvic ou encore un dépôt humain en silo à Saint-Apollinaire, toutes ces découvertes étant liées à l'époque gauloise.

Fort de cet environnement, l’INRAP a choisi Dijon pour présenter sa saison scientifique et culturelle 2026, sur le thème de «la période gauloise», ce mardi 17 mars 2026, depuis son centre archéologique régional et sur le site de fouilles de l'école Joséphine Baker, au centre-ville, où des défunts ont été retrouvés enterrés assis, une position atypique.

Une histoire des Gaulois encore écrite à partir de la vision de Jules César


«Par définition, on associera les Gaulois à la guerre des Gaules, à Astérix et Obélix ou à Alésia, c’est-à-dire à la fin de la période gauloise. Bien souvent, la civilisation gauloise a été définie au moment où elle chutait, ce qui est quand même relativement paradoxal», a analysé Dominique Garcia, archéologue, historien et président de l’INRAP. 

«En France, cette histoire des Gaulois a été réécrite à partir de la documentation de César, avec des écrits partiels», a-t-il ajouté pour rappeler l'intérêt des recherches archéologiques pour affiner la connaissance de la période gauloise.

Une découverte majeure à Dijon


Avant des travaux de réaménagement de la cour de l'école Joséphine Baker, rue Turgot, un chantier de fouilles archéologiques préventives a été lancé, en 2025.

Là, à environ deux mètres de profondeur sous terre, les archéologues ont découvert les ossements de treize morts qui étaient assis au moment de leur inhumation (lire le communiqué). Une position qui constitue toute la particularité de cette découverte majeure. 

«Ils sont adossés contre la paroi orientale et regardent vers l’ouest, toujours avec une flexion des jambes et avec une attitude de repli. Il y a une mise en scène et une manière de les inhumer qui se répète», a précisé Annamaria Latron, archéo-anthropologue à l’INRAP. «Cet endroit où on a découvert ces corps devait être un endroit qui attire, un endroit culturel. Il y avait ici une aire d’ensevelissement d’animaux qui en général étaient consommés», a-t-elle ajouté.

Une nouvelle phase de fouilles, lancée ce début mars, a déjà permis de découvrir cinq corps supplémentaires. Les ossements de ces cinq derniers défunts datent du second âge du fer (période allant du Vème au Ier siècle avant notre ère). 

«On est hors du champ des pratiques funéraires traditionnelles»


«Les pratiques funéraires de l’époque gauloise sont assez connues, c’est soit de l’incinération, soit des inhumations normales de personnes allongées. Et là, on a une série de personnes placées dans des fosses assis. On est hors du champ des pratiques funéraires traditionnelles. Ces gens ont été placés dans des fosses, certains ont été abattus et portent des traces de morts violentes», a indiqué Dominique Garcia.

Le président de l’INRAP a aussi rappelé qu’après la découverte de ces corps et l’analyse faite sur le terrain, suivront des études anthropologiques pour déterminer le sexe, l’âge et éventuellement les maladies ou les causes du décès. 

Un chantier de fouilles sous les yeux des enfants de l’école 


Cette présentation a fait l'objet d'une scène cocasse : les archéologues ont expliqué les caractéristiques des ossements de ces défunts sur le terrain de fouilles jouxtant l’école Joséphine Baker et sous les yeux des élèves situés juste à côté, derrière une grille, pendant leur récréation du milieu d’après-midi. 

Peut-être que de futures vocations d’archéologue trouveront leur origine dans cette présentation de l'INRAP.

Fabrice Aubry 

Les inhumés assis de Dijon
(communiqué)

En 2025, l'Inrap a mené une fouille en amont du réaménagement du groupe scolaire Joséphine Baker situé rue Turgot à Dijon. Outre des niveaux d'occupation gallo-romains et médiévaux, le niveau le plus ancien, daté vraisemblablement du second âge du Fer, livre une série de 13 sépultures gauloises atypiques.

Des fosses circulaires d’environ 1 m de diamètre, régulièrement espacées les unes par rapport aux autres, formant une bande rectiligne de 25 m de longueur orientée sud-nord, accueillent des sépultures. Les défunts sont des sujets adultes, tous de sexe masculin, déposés selon une modalité identique, assis sur le fond de la fosse, le dos en appui contre la paroi orientale, le regard vers l’ouest. Leurs bras reposent le long du buste, les mains posées à proximité du bassin ou des fémurs. Leurs jambes sont très fléchies, souvent de façon asymétrique. Pour quelques-uns, des traces de blessures ont été observées notamment au niveau de la tête et des bras. À l’exception d’un seul brassard en roche noire (daté entre 300 et 200 av. J.-C.), aucun mobilier personnel ou de parure n’est associé aux dépouilles.

Une nouvelle phase de fouille, en mars 2026, enrichit encore ce corpus de plusieurs individus même si l’emplacement de leurs fosses ne respecte pas l'alignement précédent. Dans les années 1990, la fouille, proche, du quartier Sainte-Anne, avait livré deux sépultures de ce type.

Au cours de cette même opération, une aire d'ensevelissement d'animaux avait également été mise au jour. Celle-ci est constitué par le dépôt de 28 chiens, 5 moutons et 2 truies. Le traitement de ces animaux montre une sélection des chiens et des moutons, ces derniers étant exclusivement de jeunes mâles.

Ce dépôt d'animaux semble être daté de la fin de la période gauloise, bien que les ossements n'aient pas fait l'objet d'une datation radiocarbone. Cette découverte semble répondre à des pratiques sacrificielles dont les traces ont déjà été rencontrées à plusieurs endroits notamment dans le sanctuaire celtique de Vertault (Côte-d'Or).

«L’archéologie a un coût ! » répond Dominique Garcia à François Rebsamen


«Sur les traces des gaulois en Bourgogne», le dossier de l'INRAP






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