Les militants dijonnais du mouvement de gauche radicale ne veulent pas se contenter de «simplement tailler un costard à Shein» et ciblent la maire de Dijon.
Communiqué de Dijon avenir du 14 novembre 2025 :Alors que Shein s’installe à Dijon, les réactions politiques locales fusent. Dijon Avenir estime que, loin d’être à la hauteur des enjeux, ces expressions illustrent une certaine hypocrisie des responsables politiques, Maire de Dijon en tête. Elle dénonce un symptôme du capitalisme sans oser s’attaquer sérieusement aux racines du mal, refusant notamment d’interdire la publicité qui pousse à la surconsommation.
Se positionnant comme révélateur de solutions, Dijon Avenir publie une carte des alternatives locales permettant de s’habiller à Dijon sans participer à la destruction du monde, et annonce le lancement d’une convention citoyenne sur la transformation de l’économie locale.
Comble de l’hypocrisie : dénoncer Shein tout en le laissant faire de la pub dans l’espace public !
Première à ouvrir le bal des communiqués de presse, la Maire de Dijon s’est contentée de dénoncer l’installation de Shein qui s’opposerait aux valeurs que “défend la Ville de Dijon”. Mais elle s’est bien gardée de préciser qu’elle continue à autoriser l’affichage de publicité pour l’enseigne sur les panneaux des abribus (à travers le contrat de gestion et d’exploitation des mobiliers urbains, couramment nommé “contrat de publicité”, conclu avec Cityz Media).
Or, une étude menée par Sophie Dubuisson-Quellierau, sociologue au CNRS et à Sciences Po et spécialiste de la consommation engagée, montre que la “demande de produits pas chers du tout a été construite à travers [la] valorisation de la nouveauté, du renouvellement. Le fait d'avoir des placards remplis de vêtements devient une manière de bien prouver qu'on participe à la vie sociale”. Il est alors clair qu’attendre des consommateurs qu’ils régulent eux-mêmes le système par leurs actes est une mascarade.
Produit le plus abouti du système de surconsommation, Shein est en fait le symptôme d’un mal beaucoup plus profond qui ronge nos sociétés : le capitalisme dérégulé, débridé, financiarisé. Agir sur le symptôme sans s’attaquer aux racines du mal, est voué à l’échec. Un peu comme un médecin qui prescrirait du paracétamol pour un mal de tête symptôme d’une tumeur au cerveau. Aucune chance de venir à bout du cancer ainsi. Dénoncer Shein sans dénoncer le capitalisme et ses excès, et sans proposer une alternative radicale, une bifurcation vers un modèle de post-croissance, relève de l’hypocrisie.
Une réalité : 25 millions de client·e·s
C’est une réalité en France, la plateforme Shein a 25 millions de client·e·s. Quelles raisons aux achats qui y sont réalisés ? Suivre la mode, changer régulièrement, ne pas résister à une addiction numérique due au marketing agressif, etc. Nous entendons aussi les gens qui font ce choix par manque de moyens financiers. Plutôt que de leur jeter la pierre, nous pensons qu’il faut discuter avec ces client·e·s, pour chercher collectivement des solutions permettant de répondre à moindre coût à ce besoin de se vêtir, découlant du besoin vital qui est de maintenir sa température corporelle.
Plutôt que de culpabiliser les client·e·s de Shein, nous préférons agir pour mettre fin aux injonctions contradictoires envoyées aux consommateurs à longueur de pubs envahissant nos abribus et nos trottoirs. Si les électeur·ice·s nous font confiance, une fois arrivé·e·s à la tête de la municipalité dijonnaise en mars 2026 à travers une liste citoyenne et participative autonome ou alliés aux partis de gauche assumant une bifurcation vers un modèle de post-croissance, nous mettrons fin au plus vite au contrat de publicité.
Dans le contexte de la convergence de crises environnementales, économique, sociale et démocratique, nous pensons que nous devons anticiper et planifier collectivement l’inéluctable sobriété énergétique et matérielle, qui sinon s’imposera brutalement, en touchant d’abord les plus fragiles d’entre nous. Pour cela, nous devrons engager collectivement une transformation radicale de la ville et de nos façons d’y vivre, dans une perspective de sobriété, de justice sociale, de démocratie ouverte et de démétropolisation. Il s’agit de redéfinir collectivement nos besoins raisonnés et la manière de les satisfaire au moyen de ressources limitées.
Solutions locales face au désordre global
Dans la Vision d’avenir que nous portons pour Dijon à l’horizon 2050, la municipalité voit son rôle décentré par rapport à la gouvernance actuelle trop verticale, pour s’appuyer largement sur les initiatives citoyennes, associatives, coopératives et entrepreneuriales : d’abord en co-construisant des plans de transformation, puis en soutenant et finançant les projets des acteurs locaux porteurs de solutions et en impulsant de nouveaux projets de transformation.
Sur le sujet précis de l’habillement, le mouvement Dijon Avenir se positionne comme révélateur de solutions et a débuté un recensement des solutions locales existantes, en alternative à l’achat de vêtements neufs produits à bas coûts dans des conditions environnementales et sociales dramatiques. Sur une carte en ligne, nous avons commencé à identifier les acteurs locaux (entreprises, associations, etc.) dont l’activité permet le réemploi, la réparation et la vente de vêtements de fabrication française. Cette carte, non exhaustive, a vocation à être complétée au fur et à mesure de notre rencontre des acteurs locaux ou sur simple demande de ces acteurs.
Vraies solutions locales, les rencontres que nous avons réalisées montrent que ces entreprises et associations ont besoin de pérenniser voire de développer leur activité. Pour cela, Dijon Avenir pense que le rôle de la municipalité est notamment de leur faciliter l’accès à des locaux adaptés et au loyer abordable et de promouvoir leur activité auprès des jeunes en formation et des demandeurs d’emploi.
Pour développer l’autonomie du territoire, tout en relocalisant des emplois et en créant de nouveaux emplois non-délocalisables, il est nécessaire d’identifier les ressources et matières disponibles, les capacités de production et les compétences clés. Ainsi, si une alliance sur un projet de bifurcation l’emporte en 2026, dès le début du mandat, la nouvelle municipalité lancera une première convention citoyenne pour bâtir le futur Plan de Transformation de l’Economie Locale, qui comportera un incontournable volet d’industrie de fabrication de textile et de confection d’habillement. La production de fibres végétales locales, loin d’être utopique, est déjà une réalité effective dans plusieurs territoires français.