
Parti du Port de Marseille, Michael Habib vient d’effectuer
600 km à pied, en 17 jours, en toute autonomie, au profit de trois enfants
Côte-d’Oriens en situation de handicap. Pour Infos-Dijon, Mika revient
sur cet exploit, sur sa remise en forme après, et sur son projet de faire la
Côte-Ouest à pied, soit 1 200 km.
A 40 ans, Michael Habid, que tout le monde appelle Mika, a relié
Marseille à Saint Apollinaire, près de Dijon, en 17 jours. Celui qui réside en
famille, depuis quelques années à Tart-le-Haut, a couru pour récolter des fonds
au profits trois enfants. Antoine et Valentin, des jumeaux de
Chevigny-Saint-Sauveur et Mila de Saint-Apollinaire, tous en situation de
handicap lourd.
(Lire ICI l'interview de Mika)
Cet éducateur sportif, marié et papa d'un garçon de 9 ans, qu'
Infos Dijon suit depuis ses préparatifs, nous expliquait à
mi-parcours
(Lire ICI) que «le
corps humain n’est pas fait pour parcourir 600 km en 17 jours avec un sac de 12
kilos sur le dos. Même si je me suis extrêmement bien préparé, cette épreuve
n’est pas logique pour un corps humain. Je vais donc me découvrir dans des
conditions extrêmes et inconnues»
Et il l’a fait !
Défi relevé. Parti le jeudi 9 avril 2026 du Port de
Marseille, Michael Habib a fait 600 km à pied en toute autonomie, alternant la
course et la marche. Présent sur les réseaux sociaux, chacun pouvait suivre en direct le quotidien de Mika.
Moi-même, je le suivais chaque jour, mais aussi chaque soir lors
de ses
live. J’ai vécu, derrière mon ordinateur, les moments ou notre Côte-d’Orien
devait avancer face au Mistral, sous la pluie et subir de fortes chaleurs. J’ai
vu ses moments de désespoirs, ou devant un pont barré, il lui a fallu faire un
détour de 4 km, alors que son point de chute était à 800 mètres après le pont.
Que dire quand Mika ne trouvait pas de boulangerie ouverte pour se restaurer. J’ai
eu mal aux pieds quand fièrement il nous annonçait avoir plus de 23 ampoules. Je
l’ai aussi vu après Villefranche-sur-Saône dans une extrême fatigue, au bord
des larmes. Des larmes de fatigue. Si si ça existe. Honnêtement j’ai eu peur
pour lui, notamment quand il nous a confié avoir marché en dormant. Mais pour l’avoir
rencontré plusieurs fois lors de nos interviews, je n’avais pas de doute sur sa
détermination. Restait la grande inconnue : Son corps allait-il encaisser
600 km en 17 jours ?
Comment vas-tu Mika ?
Michael Habib : «Bien. Je vais bien. Je suis
arrivé, maintenant, il y a un plus de dix jours. J’ai repris ma vie professionnelle,
mais ce défi que j’ai voulu et réussi à faire pour trois enfants en situation
de handicap est dans ma tête. Et il y restera toujours»
L’après est compliqué ?
«Je vais dire que c’est l’après, après, qui est le plus difficile. Les
premiers jours, tu en parles à tout le monde. Les gens, les amis te posent des
questions. Ils ont leurs réponses, et passent à autre chose. C’est normal. Mais
moi je suis toujours et encore avec mon aventure. Et plus le temps passe moins
je peux en parler parce qu’il n’y a plus personne pour m’écouter. Tout le monde
sait tout. Mais tous ceux qui vivent des
sensations extrêmes connaissent ce sentiment de solitude, après. Je le savais.
Mais tout va bien»
Tu as quand même beaucoup souffert dans cette aventure
«J’était en totale autonomie en journée. Je me suis débrouillé pour manger
et boire. Pour les nuits, tout avait été organisé avant mon départ. Pendant mon
parcours il fallait gérer les lieux de restaurations que je pensais ouverts et
finalement, pour certains, étaient fermés. Et du coup faire quelques kilomètres de plus
pour trouver une boulangerie. J’ai souffert physiquement bien sûr. Ça se voyait
dans mes stories. Mes pieds, mes jambes, mon dos ont bien morflé. J'ai eu aussi des
grosses brûlures à l'entrejambe. C'est un détail qui peut faire sourire, mais c'est un endroit très sensible pour nous les hommes. J’ai trouvé la solution. J’ai fait un trou dans mon short, pour qu’il y
ait plus d'aération, et que les brûlures s'estompent. Tout au long du parcours, j'ai essayé d'être
attentif à mon corps, et trouver rapidement une solution dès qu'un soucis survenait»
On t’a vu au bord de l'extrême épuisement
«Oui, il y a certains jours, surtout vers la fin, ou je ne sentais plus mon
corps. Mes jambes me faisaient horriblement souffrir. Il fallait que le mental
prenne le dessus. Et grâce au travail que j’ai eu avant mon départ avec mon
préparateur, j’ai réussi à tenir le coup. J’avais aussi de très nombreux
messages d’amis, de proches, de gens que je ne connaissais pas qui m’encourageaient pendant mon parcours.
Ça me faisait un bien fou. Mais il fallait avancer»
Une arrivée grandiose à Saint-Apollinaire
«Ca a été dingue. Je venais de passer 17 jours seul, sur les routes et les
chemins, et d’un coup je me retrouve au milieu de 400 personnes qui m’applaudissent,
me félicitent, crient mon prénom. On me faisait des câlins, des bisous. On me
disait plein de mots tellement gentils. Je me disais, mais ce n’est pas
possible, tout ça pour moi. J'étais donc un héros. J’avais réussi. Je le savais,
mais je ne m’en rendais pas compte. J’étais submergé par l’émotion»
Est-ce qu'on peut dire que ton sac a été ton meilleur ami, ton confident
?
«Ah oui, carrément. Il a été mon allié, mon repère. C’est lui qui portait
toutes mes affaires. Je parlais à mon sac. Je lui demandais de me faire
moins mal aux épaules malgré ses 12 kilos. De me porter jusqu’à l’arrivée. Les
premiers jours, après mon retour, mon sac me manquait. D’ailleurs j’ai fait une
sortie la semaine dernière avec lui, à vide. On avait des choses à se dire. Aujourd'hui,
il est pendu dans mon garage. Je passe devant lui avec cette petite nostalgie un
peu douloureuse que j'essaie de gérer au mieux»
Après ton arrivée à Saint-Apollinaire, qu’elle est la première chose que tu
as faite en rentrant chez toi ?
«Quelque chose de très simple, mais j’en avais besoin. Je suis allé dans ma
pelouse et j’ai marché dans l'herbe fraiche, pieds nus. Ça m’a procuré une
sensation très douce, très agréable. Et puis le soir j’ai pris un bon repas en
famille à la maison»
La remise en forme, ça a été quoi ?
«Boire. Beaucoup boire. J’ai été fortement déshydraté pendant l’aventure,
et il fallait boire. Retrouver aussi une bonne alimentation régulière, matin,
midi et soir, puisque sur les derniers jours, j’étais tellement fatigué, que j’arrivais
même plus à manger. D’ailleurs je n’avais pas faim. Et puis marcher. Il ne
fallait surtout pas rester inactif et allongé. Après 600 km, les muscles ne devaient
pas, du jour au lendemain, être totalement au repos. Je suis aussi allé voir
mes professionnels de santé, mon ostéo, mon kiné, mon préparateur mental. Et
puis j’ai vu des gens, des amis. Il ne fallait pas rester seul pour éviter le
blues de l’après»
Tu as le projet faire la Côte-Ouest
«C’est important d’avoir des projets des envies. Parmi mes prochains défis
il y aura en novembre un marathon au Maroc pendant 5 jours. Et puis pour l’année
prochaine, je vais faire la Côte Ouest de la France. L’idée est de partir de la
Région Bretagne pour rejoindre Bayonne en longeant l’Océan. Ça va être magnifique.
Le parcours devrait faire environ 1 200 km. Il faut que je fasse de tracé.
Le départ devrait avoir lieu en mai, juin 2027»
Tu as le projet d’écrire un livre
«Oui, j'ai pris conscience pendant cette aventure qu’il fallait raconter ce
que j’ai vécu avant, pendant et après ces 600 km. Mais surtout expliquer
pourquoi et comment j’en suis arrivé-là. Tout le monde sait que la disparition
de ma maman a été un élément déclencheur. Mais on ne sait pas ce que j’ai vécu
et enduré pendant ma jeunesse. Des évènements très difficiles qui ont aussi
contribué à vouloir encore et toujours me surpasser. J’espère pouvoir le sortir
d’ici à la fin de cette année»
Tu as réalisé une première mondiale, penses-tu que le monde médical puisse
s’intéresser à toi ?
«Je pense que dans ces conditions-là, sans assistance, en toute autonomie
avec un sac de 12 kg sur le dos pendant 17 jours sur 600 km, cette aventure est
une première. C’est vrai que j’ai plein de chose à dire. Expliquer comment le
corps réagit à certains moments de faiblesses et comment j’ai réussi à prendre
le dessus par le mental. Expliquer ce qui m’a permis d’avancer quand plus rien
ne va dans des conditions extrêmes. Ma façon de gérer le fait de dormir en
marchant, les moments de blues, de joies. Les cauchemars et les angoisses la nuit. C’est vrai que j’ai vécu des moments uniques, mais de là à
intéresser la science. Je ne sais pas. En tout cas, je suis dispo pour en
parler»
La cagnotte pour les enfants est toujours ouverte
«Elle est toujours ouverte pour recevoir des dons. Il y a, en ce moment, des
tombolas et des animations organisées dans la région, pour ces trois enfants. Je suis très
content de voir que cet élan de solidarité soit repris par différentes associations»
Une vidéo des 600 km
«Une vidéo va très prochainement sortir, surtout sur mon arrivée. Sur mes
réseaux sociaux, il y a des stories en ligne sur ce que j’ai vécu pendant 17
jours, du départ au Port de Marseille à mon arrivé à Saint-Appolinaire»
Norbert Banchet
Photos : Foxaep
ICI le lien de la cagnotte
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