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18/07/2022 12:42
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SANTÉ : La CGT critique le nombre de lits fermés au CHU Dijon Bourgogne

Le 12 juillet dernier, François Thibault, permanent syndical de la CGT au sein du CHU dijonnais, a réagi à la venue du ministre de la Santé quelques jours plus tôt. Le syndicaliste remet en cause les données avancées par la direction et relativise la notion de «passages injustifiés» aux urgences.
Lorsque le nouveau ministre de la Santé est venu au CHU Dijon Bourgogne pour se pencher sur la régulation des urgences le 8 juillet dernier, la direction a présenté la situation de l'établissement de santé en ce début d'été.

Le paysage quelque peu idyllique, «sans fermeture de lits», a fait réagir les différents syndicats du CHU qui ont vu là une remise en cause du travail des personnels.

Le mardi 12 juillet 2022, François Thibault, secrétaire adjoint du syndicat CGT du CHU Dijon Bourgogne, a apporté son éclairage sur la situation. Après la CFDT et la CFE-CGC, la CGT est le troisième syndicat représentatif de la structure.


La problématique des fermetures de lits


Les représentants syndicaux siègent dans une instance qui se réunit de façon hebdomadaire pour effectuer un point de situation sur le capacitaire concernant les éventuelles déprogrammations et fermeture de lits.

Un lit «fermé» n'est pas un lit que l'on démonte et que l'on range dans un entrepôt. Le terme renvoie à la quantité de personnels mobilisés pour accueillir un certain nombre de patients, transcrit en nombre de lits par service. Pour autant, cette suspension temporaire d'une partie de l'activité se concrétise effectivement par des chambres inoccupées dans le CHU.

Ainsi, réduire le nombre de patients accueillis dans un service permet de redéployer les soignants afférents dans un autre service pour pallier l'absentéisme ou encore prioriser une activité. Les «lits fermés» sont donc devenus un indicateur commode des difficultés de l'hôpital public au niveau national.

En moyenne, la direction générale de la santé préconise une infirmier pour quinze lits. Au CHU Dijon Bourgogne, le ratio s'élève à un infirmier pour douze lits en journée et un infirmier pour quinze lits la nuit, avec des variations suivant les services en fonction des besoins de l'activité.

En cumulé, la CGT anticipe 250 lits fermés durant l'été


«Au CHU Dijon Bourgogne, il n'y a pas eu de lit de fermé par décision gouvernementale», rappelle toutefois François Thibault. Ce type de décision intervient généralement quand est instauré un plan de retour à l'équilibre d'un établissement de santé trop endetté au regard des critères de la direction générale de la santé. Le CHU Dijon Bourgogne n'est donc plus concerné depuis une dizaine d'années.

En revanche, selon le syndicaliste, du fait de difficultés de recrutement, il y aurait bel et bien au CHU dijonnais des lits fermés, «depuis mars en gériatrie, depuis avril en réa polyvalente». En tenant compte également de la médecine, de l'urologie, «il y avait 65 lits de fermés au niveau l'établissement au moment où la directrice s'est exprimée».

Durant l'été, «environ 250 lits vont être fermés mais ils ne vont pas tous être fermés en même temps», anticipe François Thibault.

La situation des hôpitaux périphériques se répercute à Dijon


Dans cette situation, s'est développée la fonction du «bed management» ou «gestionnaire de lits», très largement mise en avant par François Braun, nouveau ministre de la Santé.

«On n'a pas attendu d'avoir Monsieur Braun comme ministre pour faire du bed management», réagit François Thibault. Une telle cellule de gestion des flux existe depuis au moins six ans au niveau régional avec un répertoire opérationnel des ressources actualisé au quotidien.

«On n'a plus le choix, parce qu'on a des effectifs de lits limités. Pas parce qu'on en a trop fermé au CHU mais parce qu'on en ferme beaucoup dans les [hôpitaux] périphériques et que cela se répercute sur notre fréquentation et notre file active», ajoute-t-il.

«Il faut regarder les choses dans leur globalité, que l'on trouve les moyens d'enrayer les déserts médicaux. (…) Les solutions vont être nécessaires car, à la fois, on va avoir des patients qui vont mourir dans les campagnes par défaut de soins et on va être assailli par les demandes, devenant l'hôpital de proximité non plus d'une agglomération de 250.000 habitants mais de tout un département», alerte toutefois François Thibault.

Une situation difficile durant encore «deux à trois ans»


Alors que l'attention des médias s'est portée sur l'organisation du système de santé pour affronter l'état alors qu'apparaissait une septième vague de l'épidémie de la Covid-19 au moment où les soignants aspiraient à des congés bien méritées, la CGT estime que les problèmes conjoncturels de l'hôpital public sont devenus structurels. Présents avant l'été, ils pourraient se prolonger à la rentrée de septembre.

Bien avant l'été, la CGT s'attache à «faire remonter la voix des personnels» recueillie dans les différents services et relayée par mail aux ressources humaines de l'établissement de santé. «Ce sont des infos que la direction n'a pas toujours en temps réel», signale François Thibault.

«On savait que les plannings ne tournaient déjà pas normalement pour certains services depuis le mois de janvier», indique François Thibault en référence notamment au service des urgences «en grande difficulté», «vraisemblablement parce que les hôpitaux périphériques sont eux-mêmes en difficulté et que le CHU devient le recours».

«Normalement, toutes les vacances sont validées en mars. En avril, on a commencé à avoir des mails des agents pour dire que des vacances n'étaient pas validées», se souvient le représentant syndical. «La position de la directrice était de dire 'on fera tout pour ne pas dévalider de congés'. Jusqu'à maintenant, on préserve les congés et les projections de fermeture de lits en tiennent compte. (…) La direction a bien pris le pouls des effectifs ; les gens sont quand même très fatigués et on vraiment besoin de ces congés sachant que, depuis le début de l'année, on a un taux d'absentéisme qui est supérieur à ce qu'on a habituellement. (…) C'est une situation qui devient structurelle.»

Dans une contexte de rattrapage des déprogrammations survenues durant la crise sanitaire, François Thibault anticipe une poursuite des difficultés en termes de ressources humaines durant «deux à trois ans».

La rémunération, facteur d'attractivité


Le 1er juin dernier, Catherine Sadon (divers droite), maire de Semur-en-Auxois et présidente de la Fédération Hospitalière de France Bourgogne-Franche-Comté, a déploré «l'hôpital-bashing» qui «participe à l'image négative qui décourage les jeunes de s'engager vers les carrières de santé» (lire notre article).

François Thibault réfute cette caractérisation au niveau du CHU Dijon Bourgogne en particulier : «ceux qui sont motivés par les carrières du soin restent attachés à travailler dans un CHU parce qu'on sait qu'on va avoir une mobilité interne et monter en compétences».

«En revanche, il est bien évident que l'hôpital en général, connaît une crise des vocations parce qu'aujourd'hui – comme dans d'autres métiers, je pense à la boulangerie – les gens ne veulent plus travailler la nuit, ne veulent plus travailler le week-end. Aujourd'hui à l'hôpital, donner 12 euros par nuit faite, c'est nettement insuffisant. Il va falloir payer plus les gens si on veut avoir ce personnel posté H24», développe-t-il.

Les soignants réfléchissent au sens de leur métier


L'attractivité du système de santé est devenu un facteur parmi les plus problématiques. «Le principal problème que l'on va rencontrer aujourd'hui concerne les personnels paramédicaux», explique François Thibault, «la crise sanitaire a fait réfléchir un certain nombre de collègues sur le sens de leur vie et dans cette réflexion, le sens de leur vie professionnelle».

«Si on caricature un peu, courir d'une perf' à l'autre et devenir quelqu'un qui est uniquement un technicien et pas quelqu'un qui va prendre soin du patient, c'est un manque de sens qui est très important», poursuit-il.

D'où des mises en disponibilités, des démissions, des créations d'entreprises... qui n'ont, globalement au niveau national, pas pu être compensées car s'est développé simultanément une désaffection des formations en santé.

Les effets induits de Parcoursup


Pour le représentant de la CGT, l'intégration des formations d'aide-soignant et d'infirmier à Parcoursup contribue à la problématique au niveau local. Les étudiants qui n'ont pas choisi ces formations dans leurs premiers vœux, mais qui les entament néanmoins car orientés vers elles par l'algorithme, peuvent se retrouver dans des situations difficiles et arrêter ces formations.

«On constate beaucoup de défections en troisième année [en soins infirmiers], ce qui n'arrivait pas autre fois», alerte François Thibault, «infirmier, c'est peut-être plus une vocation qu'un autre métier».

Un des autres effets de Parcoursup est d'avoir accentué la dimension nationale de la formation. Là où, par le passé, des étudiants effectuaient des stages préférentiellement au sein de l'établissement de santé voisin de l'école en soins infirmiers et choisissaient de travailler-là, à présent, les étudiants ont tendance à opter pour un hôpital de leur région d'origine.

L'enjeu de la mobilité interne


Face à ces problématiques, la CGT fait des propositions. «Il faut repenser absolument les études d'infirmières», avance tout d'abord François Thibault qui se montre néanmoins sceptique vis à vis de l'approche de l'agence régionale de santé qui souhaiterait «surbooker» les instituts de soins infirmiers.

«La solution que propose la CGT en local, c'est d'avoir un recours beaucoup plus important à la formation promotionnelle interne. Il faut qu'on embauche massivement des agents de services hospitaliers pour que les femmes de ménage qui souhaitent devenir aide-soignantes puissent se former, ce qui permettra aussi d'envoyer plus d'aide-soignantes à l'école d'infirmières. Ça sous-entend que l'on soit en capacité en interne de préparer aux concours d'entrée par des remises à niveau. (…) Les gens échouent essentiellement sur les mathématiques et le français», explique le syndicaliste.

«Il y avait une promotion importante autrefois, on a souvent vu des directeurs  des soins avoir été infirmiers en début de carrière. On a vu des directeurs de centres hospitaliers avoir été eux-même des soignants. Aujourd'hui, on l'imagine beaucoup moins», précise-t-il.

L'aval, le «vrai problème» des urgences


«Le vrai problème des urgences, ce n'est pas la salle d'attente, c'est la sortie, c'est la disponibilité des lits ; votre service des urgences s'engorge parce que vous ne pouvez pas faire sortir vos patients stabilisés», analyse François Thibault à propos du sujet qui a motivé le déplacement du ministre de la Santé à Dijon.

Que des patients se présentant au CHU dijonnais pour ce qui ne relève pas d'une urgence vitale attendent pendant plusieurs heures apparaît «triste» mais «pas dramatique» au délégué syndical. En revanche, que des patients soient pris en charge dans un couloir parce que les box sont engorgés et les lits d'aval mobilisés est «dramatique» : «il est structurel et induit par le manque de financement de l'hôpital».

L'articulation avec la médecine libérale


«Si on veut améliorer l'amont, ce qui est louable, il faut que la médecine libérale participe de nouveau de façon plus importante à la permanence des soins non programmés ; aujourd'hui, [les médecins] sont beaucoup sortis du système des gardes, il faut qu'ils y reviennent. C'est une négociation avec la direction générale de la santé via les ARS pour le financement. (…) Faire des gardes le week-end et la nuit, c'est une forme d'astreinte et ça doit se payer à un juste prix», envisage le syndicaliste. «C'est une articulation entre santé publique et santé libérale.»

Près des urgences adultes, la maison médicale de garde n'est ouverte que quelques heures par jour. «Il faudrait que l'on puisse augmenter l'amplitude dans l'après-midi», envisage le permanent syndical. «Il serait intéressant que cette maison médicale vienne prendre en charge le premier recours», estime François Thibault qui n'oublie pas le rôle de la régulation des urgences notamment la nuit.

Selon la CGT, seulement 5% de «bobologie» aux urgences


À ce sujet, le représentant de la CGT se montre critique envers la notion de «passages injustifiés» aux urgences mise en avant par le nouveau ministre de la Santé comme par ces prédécesseurs. François Thibault évalue le niveau de la «bobologie» aux urgences plus proche de 5% que de 20% avancés dans les rapports.

La CGT préconise également de réduire ou supprimer l'avance de frais occasionnée à la maison – entre 75 et 130 euros de consultation remboursée par la suite – car «on sait très bien qu'en France, le premier frein à l'accès aux soins, ce sont les moyens économiques des familles». Et de rappeler finalement qu'«il y a des gens qui viennent aux urgences parce que c'est gratuit».

Jean-Christophe Tardivon

La directrice relativise le nombre de lits fermés au CHU Dijon Bourgogne


Le ministre François Braun se penche sur la régulation des urgences au CHU Dijon Bourgogne


Une convention pour dynamiser le recrutement des demandeurs d’emploi au sein des établissements publics de santé en Bourgogne-Franche-Comté


Maison médicale de garde de l’agglomération dijonnaise
Au CHU de Dijon (à côté des urgences adultes)
10, boulevard  Maréchal de Lattre de Tassigny  
Ouverte tous les soirs de 20h à minuit,
le samedi de 15h à minuit,
dimanches et jours fériés de 9h à 13h et de 15h à minuit.
Pour consulter, appeler le 15 ou le 03 67 1004 93


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