
Quatre jeunes, âgés de 15 à 17 ans, ont reconnu leur participation dans l'incendie du collège du quartier des Grésilles. «Il expliquent avoir été recrutés via les réseaux sociaux et rémunérés», a indiqué le procureur Olivier Caracotch, ce jeudi 22 janvier.
Actualisé : Trois adolescents ont été placés en détention provisoire, un quatrième sous contrôle judiciaire.
«Des faits de nature criminelle qui sont élucidés en un mois.» Le procureur de la République a tenu à souligner l'action des enquêteurs à la suite de l'incendie volontaire qui a détruit une partie d'un bâtiment du collège Jean-François Champollion, à Dijon, dans la nuit du 12 au 13 décembre 2025, autour d'une heure du matin.
Le 20 janvier dernier, cinq personnes étaient interpellées dans le cadre de l'enquête grâce à l'exploitation de la vidéoprotection et d'empreintes génétiques.
Ce jeudi 22 janvier 2026, à la cité judiciaire de Dijon, le procureur de la République Olivier Caracotch a tenu une conférence de presse en présence de Frédéric Vincent-Genod, directeur interdépartemental de la Police nationale de Dijon, et de Clément Peyrot, commissaire de la division de la criminalité territoriale (DCT) de la DIPN de Dijon.
Six incendiaires actifs durant six minutes
Plusieurs systèmes de vidéoprotection ont été analysés par les enquêteurs à la suite des faits : celui de l'établissement scolaire, celui de la Ville de Dijon et celui d'un «parc privé».
À partir de ces images, l'enchaînement des actions a pu être reconstitué : «six silhouettes participent aux faits», a expliqué Olivier Caracotch. «D'abord, elles se présentent devant une porte d'entrée, procèdent à l'effraction de cette porte, repartent puis reviennent avec des bidons de carburant dont ils répandent le contenu à l'intérieur de l'établissement – on voit une partie de ces faits à travers la porte vitrée –, ensuite mettent le feu (…) ce qui génère la prise de l'incendie mais aussi, très rapidement, une explosion, compte tenu des vapeurs. Cette explosion a gravement endommagé le collège.»
Dans un premier temps, des hypothèses présentées au ministre de l'Intérieur avaient fait état d'un temps de destruction des portes coupe-feu sur plusieurs étages par les auteurs (
lire notre article). En fait, l'action des incendiaires a duré 6 minutes et c'est le souffle de l'explosion qui a endommagé ces portes aux différents niveaux. Le Département de la Côte-d'Or estime que le coût des réparations des locaux, en vue de la rentrée scolaire de septembre prochain, s'élève à 2,5 millions d'euros.
Quatre visages et deux traces d'ADN
Une fois l'incendie déclenché, deux des auteurs sont partis d'un côté, quatre d'un autre côté. Filmés au moment où ils enlèvent leur masque, les enquêteurs ont pu découvrir les visages de ces derniers et, par la suite, les identifier. Il s'agit d'adolescents âgés de 15, 16 – pour deux d'entre eux – et 17 ans.
Les opérations de police technique et scientifique au niveau du collège ont permis de relever deux empreintes génétiques. Une de ces traces ADN renvoie à un des mineurs identifiés. La seconde correspond à une femme âgée de 27 ans.
Les adolescents ont reconnu les faits
Les cinq personnes ont donc été interpellées, ce mardi 20 janvier, lors d'une opération de police conduite sous l'autorité d'un juge d'instruction – saisi par le parquet, depuis le 23 décembre dernier – à Chenôve, Dijon et Longvic. Elles ont alors été placées en garde à vue (
lire le communiqué).
Dans l'ensemble, la Police nationale a mobilisé 50 personnels notamment de la brigade de recherche d'intervention (BRI) et de la brigade anti-criminalité (BAC) pour procéder à ces interpellations.
«[Les] mineurs ont reconnu leur participation aux faits de dégradation par incendie en bande organisée qui leur sont reprochés», a précisé Olivier Caracotch, «ils ont reconnu qu'ils étaient présents au collège et qu'ils ont participé à cet incendie».
«Il expliquent avoir été recrutés pour cela via les réseaux sociaux et rémunérés pour passer à l'acte», a ajouté le procureur de la République, «ils n'ont aucun grief particulier à l'égard du collège qu'ils n'avaient d'ailleurs pas fréquenté».
Une acte de représailles
«Tout cela vient confirmer que cet incendie était bien un acte de représailles très vraisemblablement lié aux stupéfiants», a analysé le procureur de la République, «deux des quatre mineurs ont été recrutés – l'un avant, l'autre après – pour travailler sur un point de deal».
«Cet incendie a bien été diligenté en réponse l'action très résolue qui avait été menée par les autorités publiques, notamment par les services de la Police nationale, dans les mois qui précédaient pour éradiquer le trafic de stupéfiants aux Grésilles et faire diminuer de manière notable – et notée d'ailleurs par la population – les points de vente», a-t-il développé.
Le parquet requiert le placement en détention des adolescents
«Des faits de nature criminelle qui sont, pour grande partie, élucidés en un mois, c'est quelque chose de tout à fait notable», s'est félicité Olivier Caracotch en saluant l'action de la Police nationale.
«La femme n'apporte aucune explication pour justifier de la présence de son ADN sur l'un des objets trouvés sur place», a indiqué le procureur de la République.
«[Elle] a été mise en examen pour association de malfaiteurs», a-t-il précisé, «il est avéré qu'elle n'était pas présente». «Elle a été placée sous contrôle judiciaire.»
Alors que les quatre adolescents mis en cause sont en passe d'être présentés à un juge d'instruction, le parquet requiert leur mise en examen pour dégradation par incendie en bande organisée et pour association de malfaiteurs ainsi que leur placement en détention provisoire – même s'ils présentent «assez peu d'antécédents judiciaires» – de façon à «préserver la suite des investigations» (lire ci-dessous).
D'autres personnes pourraient être mises en cause
«Il reste des personnes à identifier et à interpeller», a constaté Olivier Caracotch, «deux auteurs – vus à la vidéo et, pour l'instant, pas identifiés – et aussi toute une logistique autour de se passage à l'acte : les personnes qui ont recruté les mineurs – les commanditaires de ces faits criminels – et aussi d'autres personnes qui ont apporté leur concours et qui apparaissent au cours de l'enquête, qui pour véhiculer les mis en cause, ou après les faits, pour leur remettre l'argent qui leur avait promis».
«Vraisemblablement, il y a une base aux Grésilles», a envisagé le procureur de la République.
La menace perdure sur les bâtiments publics
Les quatre auteurs présumés ont expliqué aux policiers qu'on leur avait remis une liste de bâtiments publics à incendier dans le quartier des Grésilles.
Depuis février 2025, plusieurs bâtiments publics ont été la cible
d'incendies ou de tentatives d'incendie de ce quartier, dont la
Médiathèque Champollion (
lire notre article).
La Police nationale et les propriétaires des bâtiments visés indiquent avoir pris des «mesures de surveillance» 24 heures sur 24 pour certains, accompagnées de «patrouilles renforcées» ainsi que de «mises en relation beaucoup plus rapides en cas de déclenchement d'alarme».
Jean-Christophe Tardivon
(publié le 22 janvier 2026)
Communiqué du procureur de la République du 23 janvier 2026 :Le parquet de Dijon avise des suites réservées aux présentations des 4 mineurs mis en cause dans la procédure :
Les 4 mineurs ont été mis en examen pour les deux infractions visées :
Destruction en bande organisée par incendie
Association de malfaiteurs en vue de commettre un crime
Le plus jeune, âgé de 15 ans, a été placé sous contrôle judiciaire avec notamment l’obligation de respecter un placement dans un centre éducatif fermé, localisé hors de la région Bourgogne Franche-Comté. L’opportunité d’un appel de cette décision de la part du ministère public sera étudiée dans la journée.
Les 3 autres mineurs ont été placés en détention provisoire dans des établissements pénitentiaires distincts, situés dans la région.



