
«L'action publique ne se décrète pas, elle se construit dans le temps», a déclaré la maire de Dijon, ce vendredi 19 juin, après que François Rebsamen a livré un éloge en forme d'héritage et comprenant quelques messages politiques.

Après être entrée dans l'ordre national du Mérite, en 2016, Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, a rejoint l'ordre de la Légion d'honneur, ce vendredi 19 juin 2026. La Dijonnaise a fait partie de la promotion du 14-Juillet 2025, sur le contingent du Premier ministre, en reconnaissance de ses 18 années dédiées à l'action publique.
En présence de plus de 300 personnes, la cérémonie a été présidée par
François Rebsamen (FP), président de la Métropole de Dijon, qui a
lui-même remis les insignes à la récipiendaire.
Un président de groupe parlementaire et plusieurs préfets dans l'assistance
Dans la salle des États, parmi les premiers rangs, se trouvaient notamment Violaine Démaret, préfète de la Côte-d'Or, Patrick Kanner (PS), président du groupe socialiste au Sénat, François Patriat (REN), sénateur de la Côte-d'Or, Jérôme Durain (PS), président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, François Sauvadet (UDI), président du Département de la Côte-d'Or, Océane Godard (PS) et Pierre Pribetich (PS), députés de la Côte-d'Or, John Barker, directeur de l'OIV, le général Olivier Erschens, président de la Société des membres de la Légion d'honneur de la Côte-d'Or, Paul Mourier et Fabien Sudry, anciens préfets de la Côte-d'Or, Dominique Bégin-Claudet (LR), maire de Daix, Monique Bayard (divers droite), maire de Plombières-lès-Dijon, ainsi que des membres de la famille de Nathalie Koenders.
Un éloge
«Votre personnalité, votre caractère, resteront à jamais imprégnés des valeurs du sport : la persévérance, l’endurance, la discipline de vie, le souci de l’égalité et le respect», déclare François Rebsamen pour introduire l'éloge de Nathalie Koenders.
Née en 1977, à Rennes, Nathalie Koenders arrive à Dijon à l'âge de 4 ans avec ses parents qui se séparent ensuite. Son père décède alors qu'elle est encore jeune. Sa mère reste alors «confrontée aux difficultés de toutes les familles monoparentales».
À la base nautique du lac Kir, Nathalie Koenders découvre le canoë-kayak qui devient son sport de prédilection. Elle prend une licence auprès de l'ASPTT Dijon.
Elle fréquente successivement l'école Montchapet, le collège Marcelle Pardé et le lycée Charles de Gaulle. Elle se passionne pour le saxophone alto et étudie l'allemand.
En 1995, Nathalie Koenders entame des études supérieures en sport puis, en 1999, réussi le concours d'entrée à l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) pour développer sa pratique du kayak à haut niveau, ce qui l'a conduite en équipe de France.
Professionnellement, devenue cadre au sein du ministère de la Jeunesse et des Sports, Nathalie Koenders est recrutée par la Ville de Lille en 2001 pour mettre en place les emplois-jeunes. Elle revient à Dijon comme salariée du Centre de ressources d'expertise et de performance sportive de Bourgogne-Franche-Comté. Après avoir obtenu une licence de droit public, Nathalie Koenders tente d'entrer à l'ENA, sans succès.
Des messages politiques
En 2008, François Rebsamen retient l'ancienne kayakiste qui a rejoint les rangs du Parti radical de gauche comme numéro deux de sa liste aux municipales. Nathalie Koenders s'impose comme adjointe.
«Vous développez vos qualités de dialogue et d’écoute : le commerce, l’administration générale, la gestion du personnel, et un domaine qui vous tient particulièrement à cœur la démocratie participative», glisse François Rebsamen.
Après les élections de 2014, elle devient vice-présidente de l'intercommunalité dijonnaise. En 2015, elle rallie le Parti socialiste. Aux départementales, elle est élue en binôme avec Alain Millot (PS) sur le canton Dijon 2.
Après le décès de ce dernier, survenu alors qu'il exerce les fonctions de maire de Dijon pendant que François Rebsamen est ministre du Travail durant le quinquennat de François Hollande (PS), Nathalie Koenders assume l'intérim à la tête de l'exécutif municipal.
De retour aux affaires locales, François Rebsamen lui confie le sujet de la tranquillité publique : «un sujet majeur, à mon goût trop peu considéré par notre famille politique». «Vous le prenez à bras le corps, consciente, en femme de gauche, que l’insécurité est un fléau qui touche d’abord les plus modestes. Merci d’ailleurs au président de la Région qui s'est également saisi de ce sujet à gauche, à travers la production d’un rapport parlementaire sur le narcotrafic qui fait aujourd’hui référence et autorité.»
«Sur ce sujet comme sur tous les autres, vous n’êtes pas doctrinaire, mais au contraire lucide et pragmatique. Vous êtes une femme de terrain et vous croyez aux solutions de bon sens, à la fermeté et au carré magique de la sécurité : prévention, dissuasion, sanction, réparation dues aux victimes», ajoute l'orateur.
Un héritage transmis
François Rebsamen quitte ses fonctions de maire en 2024, Nathalie Koenders est d'abord choisie par le conseil municipal avant de remporter l'élection au suffrage universel en 2026. Dans la foulée, elle devient vice-présidente de France urbaine, association d'élus de grandes villes.
«C’est une immense satisfaction de laisser notre ville entre vos mains. Nous avons, on peut le dire, su réussir ensemble une belle transition politique, un passage de flambeau, pour le plus grand bien de cette ville que nous aimons tant. Je suis fier aussi que pour la première fois, une femme accède au mandat de maire de Dijon, d’avoir rendu possible cette opportunité que vous avez su saisir», témoigne l'élu progressiste.
«Chère Nathalie, nous avons, à la tête d’une équipe municipale de ce rassemblement, que j’ai lancé en 2001 et que vous avez rejoint en 2008, fait de Dijon une ville attractive sur le plan économique, une ville touristique, culturelle qui gagne chaque année de nouveaux habitants ; une ville solidaire, une ville qui séduit par sa qualité de vie, une ville européenne et universaliste et une ville aux finances saines, ce qui dans les circonstances budgétaires et géopolitiques actuelles, est un atout majeur non seulement pour l’avenir mais aussi pour le pouvoir d’achat des Dijonnaises et Dijonnais. (…) En devenant maire de Dijon, capitale de Bourgogne-Franche-Comté, vous êtes devenue l’un des piliers de notre République», synthétise-t-il après 18 ans d'exercice commun de l'action publique au niveau de la municipalité et de l'intercommunalité, un propos en guise d'héritage transmis.
«Être mère nourrit mon regard sur la société»
«Je reçois cette Légion d'honneur avec humilité et reconnaissance», réagit Nathalie Koenders après avoir reçu les insignes, évoquant «une histoire faite de travail, d'engagement, de volonté et surtout de rencontres». «C'est aussi cela la promesse républicaine : rendre possibles des parcours qui ne sont pas écrits d'avance, ouvrir des chemins, donner à chacun la possibilité de trouver sa place.»
Alors que les «mamans solos» sont devenues «un fait de société», Nathalie Koenders préfère avoir une pensée personnelle pour sa mère ayant «transmis des valeurs, une exigence et cette conviction profonde qu'aucune difficulté ne doit devenir une fatalité». «Être mère nourrit mon regard sur la société, sur ce que l'ont doit aux autres, en particulier aux générations qui viennent.»
«Dès que je suis devenue maire de Dijon, j'ai voulu mettre en place un plan de soutien de la Ville à ces familles monoparentales», rappelle la socialiste (
lire notre article). «L'égalité ne se résume pas à apporter les mêmes droits à toutes et tous, elle consiste aussi à corriger les inégalités de fait qui continuent de peser sur certains parcours de vie.»
«L'action publique ne se décrète pas, elle se construit dans le temps»
«Le sport a énormément compté dans ma construction personnelle. Il apprend le goût de l'effort, la rigueur, la discipline, le respect des règles, le respect des autres, il apprend à perdre, à se relever et à persévérer», poursuit celle qui confie regretter de ne pas avoir été sélectionnée pour les Jeux olympiques de Sydney en 2000.
«L'action publique ne se décrète pas, elle se construit dans le temps, avec les habitants, avec les agents, avec les partenaires sans jamais céder au sentiment d'impuissance», estime celle qui s'est progressivement investie en politique en étant issue de la société civile avant de retourner le compliment à François Rebsamen.
«Cher François, depuis 25 ans, tu as profondément transformé Dijon, tu as su inscrire ton action dans le temps long, (…) tu as modernisé la ville, renforcé son attractivité, développé ses équipements, structuré des politiques publiques et affirmé l'identité d'une ville. Tu as été un grand maire de Dijon», déclare ainsi l'oratrice qui revendique de «chercher à améliorer tout simplement la vie des gens» en s'inspirant de l'«universalisme républicain» et de la «justice sociale».
Très applaudie à l'issue de son discours, la nouvelle chevaleresse de la Légion d'honneur a ensuite posé avec les membres de l'ordre puis, pendant de longues minutes, a salué les participants venus la féliciter.
Jean-Christophe Tardivon








































