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25/01/2023 03:17
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Océane Charret-Godard : «Nous avons choisi d’épargner les lycées»

Vice-présidente du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté, Océane Charret Godard se confie dans une interview avant le vote du budget 2023. Crise énergétique, rationalisation, maîtrise des coûts, investissements, place du bio dans les repas… L’élue balaye de nombreux sujets.
Quel est le coût de la crise énergétique pour les lycées ? Qu’avez vous impulsé pour générer des économies ?
OCEANE CHARRET GODARD : «Assurer le transport scolaire, assurer le bon fonctionnement des lycées qui accueillent chaque jour près de 100.000 lycéennes et lycéens, plus de 1000 enseignants et 3000 agents ainsi que des surveillants, relève de la responsabilité du Conseil Régional et nous assumerons comme nous l’avons toujours assumé. Parce que l’Education est un totem en faveur de la justice sociale pour notre région de gauche ! Dans ce contexte de crise énergétique cette responsabilité est encore plus grande»…

 
C’est-à-dire ?
«Assurer le fonctionnement des 129 lycées, qui représentent 1400 bâtiments soit 2,3 millions de m2 ! ,  c’est-à-dire,  pour le dire simplement, permettre aux lycées, grâce à la dotation attribuée par la région, de payer leur facture d’énergie, aux cantines et aux internats d’assurer quotidiennement 60.000 repas et 15.000 nuitées.
On estime une augmentation globale de 12 millions d’euros de la dotation globale de  plus de 44 millions d’euros, soit +16% par rapport à 2022, versées à l’ensemble des lycées afin de faire face à l’inflation, même si chaque lycée a ses spécificités. J’ajoute à l’augmentation des coûts de l’énergie, l'impact de l'inflation sur nos travaux : entre 10 et 20 % du coût d’opération soit environ 10 à 20 % du montant du budget de chaque opération. Par exemple, pour un chantier de 8 Millions d’ euros, c'est 800 000 euros de budget supplémentaire... Sans oublier le coût des matières premières pour la restauration, en partie seulement couvert par l'augmentation de 5% du tarif aux familles, j’y reviendrai.
Outre la dimension budgétaire visant à sécuriser le fonctionnement, il faut considérer que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas ! Sur la base de cette conviction, nous avons co-construit un guide, visant à améliorer les gestes du quotidien, avec les élèves éco-délégués, les proviseurs et gestionnaires afin de favoriser la sobriété dans nos lycées.
De plus, en 2023, nous optimisons les installations de chauffage et développons toujours et encore les énergies renouvelables comme nous le faisons avec les chaufferies biomasse pour l’EREA et le lycée Davier à Joign, dans l’Yonne, ou encore à Challuy près de Nevers dans la Nièvre, et également  l’implantation de plus de 22000 m2 de panneaux photovoltaïques sur 16 sites en région...»
 
Quelles réponses sur le moyen et le long terme ?
«A ces actions d’envergures s’ajoute la création d’un service énergie au sein du Conseil Régional. Sa mission est d’apporter une expertise aux établissements, prioriser les travaux les plus efficaces et évaluer les investissements favorables à la transition énergétique.
N'allez pas imaginer que nous découvrons la problématique de l’énergie à l’aune de cette crise ! Je rappelle que 22 millions d’euros avaient déjà été fléchés en 2021, pour accélérer les investissements pour la transition écologique et énergétique. Je m’associe pleinement aux regrets de la présidente de Région Marie-Guite Dufay concernant le manque d’anticipation du gouvernement pour préparer la souveraineté énergétique de notre pays. Notre Région avance avec la conscience que les actes d’aujourd’hui comptent, pour la qualité de vie des bourguignons-francs-comtois».
 
Comment comptez-vous rationaliser l’offre à l’échelle de la grande région. Envisagez vous des fermetures ? Quand et où ?
«La réponse n'a pas changé depuis la rentrée de septembre : c'est un travail en cours car c'est un équilibre à trouver entre la responsabilité vis-à-vis du contribuable et de la dépense publique, et notre responsabilité vis-à-vis de l'aménagement de notre territoire. Nous venons, dans la première question, de parler de l’énergie et de notre responsabilité pour les générations actuelles et à venir.
1000 élèves en moins par an depuis 20 ans en Bourgogne – Fanche-Comté, une baisse qui devrait se poursuivre ; 27m2 par élève dans les lycées dans notre région, avec des bâtiments qui, pour certains, datent du 17è siècle… Projetons nous dans 10 ou 15 ans : que diraient les bourguignons et les francs comtois si la Région n’avait pas engagé ce travail pour optimiser les lycées, rendu ces espaces d’apprentissage et de vie lycéenne moins énergivores ?
Ils diraient, et ils auraient raison, que nous avons été irresponsables ! Oui, avoir des lycées adaptés à l’évolution des territoires, innovants pédagogiquement, sécurisés, accessibles, connectés aux acteurs socio-économiques du territoire et à énergies positives. Voilà ce que nous ambitionnons pour les enfants qui naissent aujourd’hui et iront dans un lycée de Bourgogne-Franche-Comté demain !»
 
Mettez vous une pause dans le programme des investissements ? Quels seront les principaux investissements cette année ?
«Ce travail budgétaire est extrêmement contraint en effet. Je pense que cette question de la hausse des coûts et plus largement du pouvoir de vivre résonne chez toutes celles et tous ceux qui lisent cet entretien. A l’échelle d’un budget pour une région sur laquelle vivent plus de 2,8 millions de femmes, d’hommes, jeunes, séniors, des choix doivent se faire. Choisir c’est s’engager mais c’est aussi renoncer. En ce qui nous concerne, choisir c’est ralentir nos investissements. Les lycées sont plus épargnés que nos autres politiques. Je voudrais avoir un message pour mes collègues élus régionaux qui ont réalisé avec les services un travail très impliquant, consciencieux et responsable. Ensemble nous avons choisi d’épargner les lycées».
 
Pourquoi ?
«Premièrement il s’agit de notre cœur de compétence pour laquelle personne n'intervient en co-financement ou à notre place.
Deuxièmement nous avons listé des travaux urgents et obligatoires permettant d’assurer la sécurité de nos élèves.
Malgré tout oui, nous ne pourrons pas faire tout ce qui est attendu, tout simplement parce que les travaux urgents, notamment en matière de sécurité du bâti ou d'économies d'énergie, seront la priorité. Ce sont près de 78 millions d’euros».
 
Comment comptez vous apporter une aide aux familles les plus modestes et à quel niveau ?
«Parallèlement à l’augmentation de 5% des tarifs de restauration, je rappelle que nous avons déclenché une nouvelle aide aux familles non boursières: à ce jour plus de 1000 familles ont déposé un dossier sur les 3000 aides prévues par la région. A cette nouvelle mesure s’ajoutent les aides à la restauration et à l’hébergement pour les familles boursières ainsi que la compensation versées par la région afin que les familles boursières ne soient pas touchées par l’augmentation de 5%.
Au total ce sont plus de 6 millions d’euros pour 2023. Parmi les aides disponibles également, les lycéennes et lycéens peuvent bénéficier de prêt d’ordinateurs portables, financés par la Région et l’Europe, Ordil. Qu’ils n’hésitent pas à en faire la demande auprès de leur établissement !»
 
Compte tenu de l’inflation le bio demeure t il une priorité absolue ?
«Oui tout à fait ! au grand regret de l’opposition régionale qui souhaite qu’on rogne sur la qualité de l’alimentation comme cela peut se faire en Auvergne Rhône Alpes par exemple. Eh bien non ! Nous nous donnons les moyens d’atteindre l’objectif de 75% de produits bio et locaux dans les assiettes des lycéens d’ici 2028.
Pour ce faire, nous travaillons depuis plus d’un an à une expérimentation avec 21 lycées bisontins et dijonnais, afin de faciliter l’approvisionnement, mutualiser les coûts des denrées et assurer une juste rémunération aux producteurs de nos territoires».
 
Comment cela se passe-t-il ?
«L’expérimentation consiste à ouvrir la centrale d’achat régionale aux lycées pour s’approvisionner en produits locaux et bio. Viande, légumes, fruits, poisson… nous avons référencé un grand nombre de producteurs de qualité, et nous n’en manquons pas dans notre région !
Je pense aux jardins de Mont de Gy en Haute Saône, entreprise d’insertion qui va assurer l’approvisionnement d’une partie de nos lycées lancés dans l’expérimentation.
Là aussi nous ne partons pas de zéro. Je pense au Plans Alimentaire Territoriaux d’Autun, de Lons le Saunier et bien d’autres dont les lycées bénéficient, aux groupements d’achats sur Auxerre ou encore à l’ambitieux projet de légumerie à Dijon, qui aura vocation à irriguer une grande partie de la Côte d’Or.
Depuis de nombreuses années nous travaillons avec les équipes de cuisine dans les lycées, avec les gestionnaires, pour proposer des repas de qualité, avec des protéines végétales, des menus qui enthousiasment les élèves ! Car c’est aussi et peut être surtout cela que représente l’alimentation : la santé, l’énergie et le plaisir de bien manger pendant cette pause de détente méridienne, souvent attendue dans une journée lycéenne !»
Recueilli par 
Alain BOLLERY 
(Photo Manon BOLLERY)

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