
«Quand c'est trop rigide, les élus se rebellent», a remarqué, ce jeudi 26 juin, à Dijon, celui qui est à la fois ministre et président de collectivité. «Nous ne sommes pas des décroissants», a-t-il martelé en passant en revue les sujets d'actualité.
Un pied dans l'exécutif national, un pied dans l'exécutif métropolitain, François Rebsamen (FP) partage son analyse de l'actualité, du local au global. Ce jeudi 26 juin 2025, le ministre du gouvernement de François Bayrou s'est exprimé en amont d'une session du conseil de la Métropole de Dijon qu'il préside également.
Sobriété foncière, décentralisation, hydrogène étaient au menu des sujets nationaux s'imposant à la collectivité. Sans oublier les relations avec le Département de la Côte-d'Or à propos d'une aire de covoiturage et de la Route des grands crus.
Des parlementaires trouvent des majorités pour détricoter la politique d'Emmanuel Macron
«L'Assemblée nationale connaît des périodes fiévreuses», remarque François Rebsamen, «elle déconstruit tout ce qui est lié à la lutte contre le réchauffement climatique». «Je ne suis pas pour la suppression des ZFE.»
Depuis la censure du gouvernement de Michel Barnier, l'initiative législative est laissée aux parlementaires même si le gouvernement de François Bayrou soutient certaines propositions de loi.
Le fait est que les opposants à la politique menée par Emmanuel Macron depuis 2017 trouvent des majorités pour détricoter des mesures votées il y a plusieurs années mais en mal d'application concrète pour les pérenniser. Cela amène les soutiens d'Emmanuel Macron à jouer sur le processus législatif pour privilégier les discussions en commissions mixtes paritaires.
ZAN 3, ENAF, PENE...
La loi sur la sobriété foncière – ou zéro artificialisation nette des sols (ZAN) – est une des plus contestées avec une action de sénateurs qui, très tôt, ont cherché à en limiter la portée.
En retour, le ministre a défendu la proposition de loi visant à instaurer une trajectoire de réduction de l'artificialisation concertée avec les élus locaux (TRACE) : l'objectif intermédiaire de diminuer la bétonnisation des sols de 50% d'ici 2031 est repoussé à 2034 et régionalisé, sans toucher à l'objectif final à l'horizon 2050. Le texte a été adopté en première lecture par le Sénat, le 18 mars dernier.
Cette troisième version du ZAN s'appuie sur le décompte de la consommation d’espaces agricoles, naturels et forestiers (ENAF), une catégorie bien connu des élus locaux.
En particulier, les projets d’envergure nationale et européenne (PENE) sont sortis du décompte qui les mutualisaient avec les ENAF, de façon à séparer les types de projet en fonction de leur porteur.
«Quand c'est trop rigide, les élus se rebellent»
«Je suis pour qu'on facilite la vie des élus», indique François Rebsamen, «quand il y a superposition entre un [schéma de cohérence territoriale] et un [plan local d'urbanisme intercommunal], on n'a pas besoin des deux».
«J'ai proposé dans la loi TRACE que dans les com'com', on puisse regroupe ses hectares pour voir comment mieux utiliser», expose-t-il. «Des décisions nationales ont été prises : 10.000 hectares sont réservés pour les implantations industrielles, 12.500 hectares pour les projets d'envergure européenne. (…) [En 2034], je ne suis pas pour sanctionner ceux qui ne seraient pas à 50% mais pour regarder l'ensemble. (…) On garde l'idée qu'en 2050, c'est zéro. (…) Quand c'est trop rigide, les élus se rebellent.»
«Nous ne sommes pas des décroissants»
Au niveau de la Métropole de Dijon, «la consommation de terres agricoles est en forte diminution de 71% sur la période 2021-2024», assure le responsable de l'exécutif, «on consomme en moyenne 8 hectares par an, là où on consommait en moyenne 27,6 hectares entre 2011 et 2020».
«C'est une manifestation concrète de la volonté écologique que nous portons», défend le président de la Métropole, «ce qui n'empêche pas la construction de logements». «Nous ne sommes pas des décroissants.»
«On est dans une région qui n'a pas valorisé ceux qui avaient consommé le moins de terre», analyse-t-il, «si on ne s'était pas mobilisé en faisant reconnaître le fait que, dans les grandes [zones d'aménagement concerté] qui avaient été lancées, les travaux qui avaient commencé ne pouvaient pas être comptabilisés comme des terres qui allaient artificialisées parce qu'elles l'étaient déjà en partie avant, on n'aurait pas obtenu des avancées nationales qui ont rattrapé un peu le fait qu'on était pénalisé un peu plus que les autres».
«Une récompense pour l'action de décarbonation du territoire que nous menons»
«Au
moment où cela se passe, nous, au contraire, nous allons adopter un
Plan climat et biodiversité qui concentre une politique inexistante dans
le reste des autres collectivités par rapport à la Métropole qui est
très en avance», explique le social-démocrate.
«Dijon a été
classée parmi les 100 villes neutres et intelligentes pour le climat»,
insiste-t-il en référence à un programme de l'Union européenne, «c'est
une récompense pour l'action de décarbonation du territoire que nous
menons». En 2026, Dijon accueillera les Assises européennes de la
transition écologique.
Les déboires de McPhy, un «coup dur»
Le placement en redressement judiciaire de McPhy, fournisseur de la station de production d'hydrogène de la Métropole de Dijon, est un «coup dur», comme le reconnaît François Rebsamen.
La collectivité est en attente du devenir de l'entreprise puisque le tribunal de commerce de Belfort examine les propositions de trois repreneurs potentiels. La décision est attendue le 8 juillet prochain.
«Pour le tram, les bus et les bennes à ordures ménagères, (...) on va garder l'idée du mix énergétique, mais on va renforcer l'électrique (…) mais ça ne répond pas à l'ensemble de nos besoins en termes de batteries et de puissance de desserte», indique le président de la collectivité.
Une future aire de covoiturage à Plombières-lès-Dijon
La Métropole de Dijon porte le projet d'une aire de covoiturage de 39 places – dont une place PMR – au bout de l'A38, à Plombières-lès-Dijon. La ligne de bus B12 desservira cette aire. Elle sera également connectée au réseau cyclable et disposera d'un abri vélo fermé et sécurisé.
Selon la collectivité, le projet intégrera des concepts d’aménagement durable comme la gestion intégrée des eaux pluviales et le traitement paysager du site.
Le coût du chantier est estimé à 600.000 euros avec un cofinancement de 100.000 euros de la part du Département de la Côte-d'Or qui verra son logo apposé sur 10 places. La mise en service pourrait intervenir en 2028.
«Le covoiturage, ça marche dans les deux sens», glisse François Rebsamen, «il y a des personnes qui rentrent, c'est aussi les personnes qui partent sur Paris».
Le défi des séjours touristiques d'au moins deux nuitées est atteint
François Rebsamen se félicite de «l'excellent bilan» de la fréquentation touristique en 2024 puisque l'on dénombre 1,4 millions de nuitées, en augmentation de 4,8% par rapport à 2023. La durée de séjour moyenne est passée à 2,04 nuitées.
«On a franchi le cap des deux nuits», s'enthousiasme le responsable de l'exécutif.
La fréquentation de la clientèle chinoise est en «forte croissance» avec 55.000 nuitées en 2024, soit +132% par rapport à 2023.
Les autres pays progressent également, entre 2% (comme les Pays-Bas) et 14% (les États-Unis) selon les pays.
L'élu se souvient d'un temps où l'été, «il n'y avait personne dans Dijon, les Dijonnais partaient et Dijon n'était pas du tout une ville touristique». «En 2001, on a décidé de faire un parcours de la chouette ; petit à petit, ça s'est construit. (…) Le tourisme est une des filières qu'on a retenue de notre développement, dès le début.»
Divergence avec le Département sur la Route des grands crus
Dans la foulée, le président de la Métropole de Dijon demande à être «associé un peu plus» au renouveau de la Route des grands crus préparé par le Département de la Côte-d'Or.
«On considère que [la Métropole] n'est pas dessus mais Marsannay est en dedans, Chenôve aussi et Dijon avec la Cité internationale de la gastronomie et du vin», revendique François Rebsamen, «c'est une forme de mépris.»
Une capacité de désendettement particulièrement favorable
Au chapitre budgétaire, François Rebsamen considère que «l'excellente situation financière» de la collectivité est «confirmée» par le compte administratif portant sur les réalisations de l'année 2024.
Le responsable de l'exécutif insiste sur les dépenses d'équipement s'élevant à 87,5 millions d'euros – avec un taux de réalisation de 70% en intégrant les restes à réaliser –, une épargne brute de 85 millions d'euros, une dette de 239 millions d'euros – avec une capacité de désendettement de 2,8 années avec les budgets annexes et de 1,1 année pour le budget principal. Cela «au moment où la dette nationale atteint 114% du PIB».
Jean-Christophe Tardivon